Notes biographiques
Jacques Lacombe
Chef d'orchestre

Originaire de Trois-Rivières, Jacques Lacombe a conquis la scène internationale grâce à sa grande polyvalence, lui permettant d'exceller aussi bien dans les répertoires d’orchestre, de ballet ou d'opéra, ainsi qu'à sa remarquable habileté à communiquer l'esprit des œuvres, lui qui dirige souvent sans partition.
Directeur artistique de l’OSTR depuis 2006, maestro Lacombe a auparavant occupé les postes de premier chef invité de l'Orchestre symphonique de Montréal, de directeur musical et artistique de la Philarmonie de Lorraine à Metz en France, de chef assistant de Charles Dutoit à l'Orchestre symphonique de Montréal, il fut également chef d'orchestre attitré et directeur musical des Grands Ballets Canadiens.
Régulièrement invité par de nombreux orchestres et maisons d'opéra de prestige, maestro Lacombe dirigera prochainement le Der Traumgörge de Zemlinsky (23 mai et 15 juin) et le Der fliegende Holländer de Wagner (8 au 29 juin) au Deutsche Oper Berlin, avant d’entreprendre la tournée de l’Orchestre national des jeunes du Canada (8 juillet au 10 août 2008), puis celle de l’Orchestre symphonique des jeunes de Nouvelle-Zélande, en plus de diriger l’Orchestre symphonique de Nouvelle-Zélande (août 2008).
Minna Re Shin
Piano

Minna Re Shin est une vedette montante de la scène classique canadienne. Cette jeune pianiste polyvalente a gagné l'enthousiasme par son répertoire très diversifié, allant des oeuvres baroques aux oeuvres contemporaines les plus innovatrices. Récipiendaire de nombreux prix et bourses, elle subjugue le public par sa virtuosité, sa maturité artistique, sa présence sur la scène, et une rare sensibilité. Critiques et spectateurs, ici et à l’étranger, se sont extasiés sur ses interprétations « intenses », «inspirantes» et «dynamiques», d'ailleurs remarquées par le légendaire pianiste russe Lazar Berman qui a souligné «le grand talent» de Minna Re Shin.
Depuis ses débuts solo à l'âge de dix ans avec l'Orchestre symphonique de Montréal, sous la direction de Mario Duchesne, cette jeune artiste s'est produite en Amérique du Nord, en Europe, en Australie et en Chine. Elle a reçu de très grands éloges, tant lors de ses récitals que comme soliste de concert avec plusieurs orchestres, dont l'Orchestre symphonique de Montréal, l'Orchestre de chambre de Montréal et l'Orchestre de chambre I Musici de Montréal, sous la direction de chefs tels que Charles Dutoit, Marc David et Timothy Vernon. Minna Re Shin a été invitée à participer à plusieurs conférences de musique et festivals, dont le Nordic Contemporary Music Festival à Montréal. En outre, elle a été invitée à donner des cours de maître aux universités et écoles importantes spécialisées dans les arts au Canada, en Australie et en Chine. Le premier disque de Minna Re Shin, consacré à des sonates pour piano de Haydn a été lancé en 2004 et fut salué avec enthousiasme par le public et la critique. Après le succès de cet enregistrement, elle a entrepris l'enregistrement de son deuxième album solo, Images & Ballades qui consiste en des oeuvres de compositeurs canadiens Alain Payette et Jean Coulthard, il a éte lancé en printemps 2007.
Linda Maria Baros
Poète
Auteure francophone d’origine roumaine, Linda Maria Baros, née en 1981, vit depuis de nombreuses années à Paris. Elle a publié quatre recueils de poèmes, dont deux en France aux éditions Cheyne – Le Livre de signes et d'ombres (Prix de la Vocation 2004) et La Maison en lames de rasoir (Prix Apollinaire 2007) – du théâtre et deux ouvrages de critique littéraire. Elle a également traduit une vingtaine de livres en français et en roumain.
Au mois de mars 2008, elle a créé la bibliothèque virtuelle ZOOM (115 auteurs) qui réunit toutes ses traductions. Linda Maria Baros est l’initiatrice et l’organisatrice du festival Le Printemps des Poètes en Roumanie, la directrice de la revue littéraire bucarestoise VERSUs/m et la secrétaire adjointe de l’Association des Traducteurs de Littérature Roumaine (Paris). Actuellement, elle est chercheure à l’Université de Paris-Sorbonne, Paris IV, et prépare une thèse de doctorat portant sur la mythocritique.
Cia Tianxin
Poète
Né en 1963 à Huangyan, une ville de la côte sud est la Chine, Cai Tianxin reçoit un doctorat (théorie des nombres) de l’université de Shandong en 1987. Il a est maintenant bien connu en tant que poète, essayiste, traducteur et critique. Dix-sept de ses volumes ont été publiés et ses poèmes ont été traduits en 16 langues. En 1995, il fonde la revue de poésie Apollinaire. Il a traduit en chinois des textes de Jorge Luis Borges, Gabriel Garcia Marqez, Octavio Paz, Antonio Porchia, Alejandra Pizarnik, Elizabeth Bishop et Margaret Atwood. Il a participé à de nombreux festivals de poésie, dont ceux de Zurich et de Tokyo et à des festivals de littérature de Berlin et Hong Kong.
Fernando D'Almeida
Poète

Fernando d'Almeida est né le 19 avril 1955 à Douala (Cameroun) d'une mère camerounaise et d'un père dahoméen (béninois) d'ascendance noire brésilienne, d'où son nom à consonance portugaise. Il a fait ses études secondaires au Bénin et en France. Ses études supérieures, l'ont conduit, après l'Université Paris XII, à Créteil et à l'École des Hautes Études en Sciences sociales de Paris, où il a obtenu en 1991, un doctorat ès lettres de l'Université Paris-Sorbonne (Paris IV).
Monsieur d'Almeida enseigne aujourd'hui à l'Université de Douala les littératures française, belge et québécoise. Il a exercé la profession de journaliste pendant une vingtaine et il a occupé d'importantes fonctions administratives au Cameroun. Veuf depuis 2001, il se consacre essentiellement à la poésie et il a publié son premier recueil de poèmes Au seuil de l'exil à Paris, en 1976. Il est considéré comme le poète le plus important du Cameroun et l'un des meilleurs de l'Afrique noire francophone. Il fut lié à Léopold Sédar Senghor qui disait de lui que sa poésie était de "belle eau".
Nicolas Kurtovitch
Poète

Né le 20 décembre 1955 à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, Nicolas Kurtovitch publie son premier recueil de poésie, Sloboda, en 1973. Poète, il va au fil des années s’essayer également à tous les autres genres : nouvelle, essai, théâtre et, tout récemment, un premier roman, Good night friend. Diplômé de l’Université d’Aix-en-Provence, il est depuis de nombreuses années le directeur du lycée protestant Do Kamo. Parmi ses plus récentes œuvres poétiques, on retrouve Autour Uluru (2002), Ode aux pauvres (2002), Le Piéton du Dharma (2003) et Le dit du cafard taoïste (2005).
En 2007, il a succédé à Charles Juliet au Randell Writers Cottage, résidence d’écrivains située à Wellington en Nouvelle-Zélande où il fut, par ailleurs, le poète invité de la remarquable revue néo-zélandaise de poésie, Poetry NZ. Il est également publié dans de nombreuses autres revues. Membre de l’Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie, après en avoir été le premier président, et de la Société des gens de lettres, Nicolas Kurtovitch est aujourd’hui lu et étudié dans de nombreuses universités.
Louis-Philippe Hébert
Poète

Né à Montréal en 1946, Louis-Philippe Hébert a fondé quatre entreprises, dont une maison spécialisée dans la production et l’édition de logiciels, ainsi qu’une maison d’édition et de distribution de livres. Il publie son premier livre alors qu’il a vingt ans Les épisodes de l’œil (Éditions de l’Estérel). Depuis, il est un auteur prolifique. Il collabore à de nombreuses revues littéraires, il écrit des textes pour des émissions radiophoniques, conçoit des jeux pédagogiques et fut journaliste.
Depuis cinq ans, il se consacre à l’écriture d’une dizaine de nouveaux ouvrages dont Le livre des plages (poésie - 2007), La séparation (roman – 2007), Correspondance de guerre (poésie – 2008), La bibliothèque de Sodome (nouvelles – 2008), La chute de l’ange (poésie – parution prévue au printemps 2009), Les ponts de glace sont toujours fragiles (nouvelles – automne 2009). Suivront Belvedere hôtel (poésie), Manuel de cirque (poésie), Sommeil, soleil noir (poésie) et Comment je suis devenu un surhomme (roman). Durant cette période, Louis-Philippe Hébert a vu à la création et voit toujours à la gestion de la galerie LUNIVER & CIE.
Notes analytiques
Joseph Haydn (1732-1809), Concerto pour piano en fa majeur Hob. XVIII: 7 (avant 1766)
Reconnu à son époque comme le plus grand compositeur vivant, Haydn a eu une influence déterminante sur les générations de compositeurs qui ont marché dans ses pas, de Mozart à Brahms, en passant par Beethoven et Schubert. Sa musique incarne l’essence du classicisme; l’élégance, la clarté, mais aussi l’humour. Compositeur parmi les plus prolifiques de l’histoire, Haydn est l’auteur de plus d’une centaine de symphonies, de quatre-vingt-quatre quatuors, et de centaines d’autres œuvres variées. On lui attribue aussi plusieurs concertos, notamment pour violoncelle, pour trompette, et pour clavier. Par contre, tous n’ont pas été réellement composés par le célèbre Autrichien. En effet, pratique fort courante à l’époque, certains compositeurs mineurs signaient leurs œuvres du nom d’un compositeur en vogue en espérant attirer l’attention des interprètes et des éditeurs. Ainsi, l’authenticité du Concerto en fa majeur est douteuse, mais l’œuvre correspond tout de même aux canons de l’époque tant dans sa forme (trois mouvements suivant l’ordre : mouvement rapide, mouvement lent et finale explosive) que dans son esprit pétillant, typique du classicisme.
Joaquin Turina (1882-1949), Rapsodia sinfonica (1931)
Pianiste espagnol né à Séville, Turina a d’abord fait sa formation au Conservatoire de Madrid, pour ensuite aller à Paris, où il a fait la connaissance de Vincent d'Indy à la Schola Cantorum. Encouragé par Claude Debussy et Maurice Ravel, il s’imprègne du style français, pour mieux revenir aux sources de la musique espagnole, sous les conseils de ses compatriotes Albeniz et de Falla, eux aussi exilés volontaires dans la ville reine. Avec eux, Turina devient une des figures de proue de la musique espagnole du début du 20e siècle. La Rapsodia sinfonica, si elle ne prétend pas être d’aussi grande envergure que les rhapsodies de Liszt, a certainement les caractéristiques de cette forme d’atmosphère poétique. Plutôt que d’opposer la virtuosité à la puissance, le piano et l’orchestre dialoguent autour d’harmonies typiques de la musique espagnole. L’orchestration est texturée et les thèmes subtilement andalous évitent savamment les clichés « espagnolisants ». Une section andante est suivie d’un scherzo où le piano prend une place plus concertante. S’ensuit alors un épisode romantique qui s’enfle et s’accélère jusqu’au retour du scherzo. Sans vaines explosions de virtuosité, la Rapsodia se conclue sur de virils rythmes de danse alternant avec des envolées qui rappellent les délicats mouvements de mains des danseurs de flamenco.
Béla Bartók (1881-1945), Danses roumaines (1915, transcription : 1917)
Musicien accompli, Bartók a non seulement été un compositeur au langage parmi les plus originaux du 20e siècle, mais aussi un des pionniers de l’ethnomusicologie, discipline étudiant les rapports entre la musique et les sociétés. Voyageant aux quatre coins de son pays, la Roumanie, il entreprend d’enregistrer des milliers de chants folkloriques interprétés par les paysans. Ces rencontres ont fortement influencé son développement artistique en le mettant en contact étroit avec la modalité et les rythmes primitifs. Le langage musical de Bartók intègre donc les techniques de compositions classiques, les expérimentations modernes et, bien sûr, les éléments du folklore roumain. Tout en privilégiant les formes rigoureuses et les proportions fondées sur le nombre d’or, Bartók compose aussi dans un souci pédagogique. Son œuvre offre au mélomane tout un éventail de pièces des plus sophistiquées aux plus accessibles, comme en témoigne la suite des Danses roumaines. D’abord conçue pour piano quatre mains, l’œuvre est plus souvent entendue dans sa version pour petit orchestre ou encore dans son arrangement pour piano et violon. Suite de très courtes pièces mettant en valeur des thèmes inspirés du folklore, Román népi táncok, de son titre original, célèbre la joie de vivre des paysans roumains.
Giacomo Puccini (1858-1924), I crisantemi (1890)
Avec Verdi, Giacomo Puccini est le digne représentant de l’opéra vériste italien, équivalent du courant réaliste en littérature. Bâtissant sa réputation de compositeur sur le succès triomphal de Manon Lescaut (1893), Puccini compose en quelques années trois œuvres majeures dans le répertoire d’opéra : La Bohème (1896), Tosca (1900), et Madama Butterfly (1904). De son propre aveu, Puccini reconnaît que son talent se cristallise dans la musique de scène. En effet, pas de symphonies chez Puccini, pas de concertos, et peu d’œuvres instrumentales. Tel un Chopin qui se consacre à la musique pour piano, Puccini est un homme d’opéra. Pourtant, le quatuor semble avoir eu une certaine importance dans son développement et I crisantemi nous montre bien que Puccini n’avait pas nécessairement besoin du verbe pour exprimer son art. De forme ABA, l’œuvre funèbre a été composée en quelques heures, en mémoire du Duc Amédée de Savoie. Le mélomane averti reconnaîtra certains thèmes que Puccini a repris dans le dernier acte de Manon Lescaut, composé trois ans plus tard. Plus souvent entendu dans son arrangement pour orchestre à corde, I crisantemi exprime toute la douleur de la perte d’un être cher à travers des mélodies poignantes dont seul Puccini a le secret.
Toru Takemitsu (1931-1996), Requiem pour cordes (1957)
Compositeur principalement autodidacte, Toru Takemitsu fait partie des musiciens japonais dont le langage musical intègre la philosophie de l’Orient aux techniques de l’Occident. En plus de centaines d’œuvres à l’instrumentation variée, son corpus de bandes sonores cinématographiques comprend plus de 90 œuvres qu’on peut entendre dans les films de Kobayashi et de Kurosawa, entre autres. Redevable à Debussy, Messiaen, mais aussi aux sonorités particulières des instruments traditionnels japonais, la musique de Takemitsu tente de réconcilier l’Orient et l’Occident, le son et le silence, la tradition et l’innovation. La carrière internationale de Takemitsu a été lancée par Stravinsky qui, en 1959, porte le regard de l’Europe sur le Requiem pour cordes. Composée alors que Takemitsu n’avait pas 30 ans, l’œuvre fait pourtant preuve d’une grande maturité musicale. La sobriété imprègne les trois sections du Requiem où l’on trouve une lenteur tant rythmique qu’harmonique, une texture sonore sans aspérité, ainsi qu’une orchestration toute en demi-teintes. On appréciera les étranges mélodies angulaires de la première section, soutenues par un riche tapis sonore, puis la puissance grave de la deuxième section qui s’exprime à travers des passages d’accords sonnés simultanément par tout l’orchestre. L’œuvre s’achève sur une troisième section plus éthérée, colorée par des effets d’harmoniques aériens.
Percy Grainger (1882-1961), The Immovable Do (1942)
Pianiste virtuose et brillant arrangeur, l’Australien Percy Grainger a été diplômé du Conservatoire Hoch de Frankfort, en Allemagne. Féru de voyages, il poursuit ses pérégrinations à Londres, pour entreprendre plusieurs grandes tournées au cours desquelles il collectionne des mélodies du folklore anglais, à la manière d’un Bartók en Roumanie. Au tout début de la Première Guerre mondiale, il part pour New York où sa carrière de compositeur, d’arrangeur et de pédagogue continue de s’épanouir. Il devient citoyen américain en 1918. Les oeuvres de Grainger démontrent son intérêt pour les rythmes et les formes non traditionnels, ainsi que pour les expérimentations en général, dans le but d’atteindre un idéal qu’il nomme lui-même « musique libre » ou « free music ». Œuvre représentative de ces expérimentations chères à plusieurs compositeurs du début du 20e siècle, The Immovable Do a été composée par hasard, alors que Grainger jouait de l’harmonium. Le mécanisme de la touche du do aigu s’étant coincé, il a improvisé autour de cette note impromptue une œuvre plaisante qui, en plus de créer différentes harmonies et couleurs à partir d’une même note, fait preuve d’une étonnante créativité.
Ross Harris (né en 1945 ), Music for Jonny (2000)
Ross Harris fait partie des compositeurs néo-zélandais les plus estimés de sa génération. Reconnu et couronné de succès, il est aujourd’hui compositeur en résidence à la New Zealand School of Music, après avoir occupé le même poste à l’Orchestre Philharmonique d’Auckland. Parmi quelques maîtres à penser d’Harris, on retrouve Bach et Stravinsky, sans oublier Vaughan Williams. La musique d’Harris s’appuie sur les principes du contrepoint – un enchevêtrement de lignes mélodiques d’égale importance – et met de l’avant un nationalisme qui se traduit parfois par la subtile influence de la musique polynésienne et maorie. Souvent poétique, l’œuvre d’Harris met en valeur des motifs et des lignes traditionnellement associées à l’accompagnement. Les trémolos, les gammes et les accords isolés prennent donc un rôle thématique, alors que les sommets, souvent lyriques, se désagrègent ou se teintent d’ironie, ce qui n’est pas sans rappeler Mahler. Alors que certaines de ses œuvres peuvent en rebuter plusieurs par leur complexité et leur aridité, du fait de l’absence de mélodie conventionnelle, Music for Jonny est un bel exemple du côté plus romantique d’Harris, qui sait guider avec finesse l’auditeur vers une extase presque malhérienne.
Claude Champagne (1891-1965), Danse villageoise (1929, transcription : v. 1940)
Né Joseph Arthur Adonaï, Claude Champagne a marqué le monde musical canadien tant comme compositeur que comme pédagogue. Encouragé très tôt par ses parents, le jeune Champagne a aussi bénéficié de l’enseignement de son grand-père, un violoneux qui lui a présenté les sonorités particulières du folklore canadien français. Ainsi, Champagne s’inscrit dans un milieu artistique qui estime ses origines françaises tout en prisant son propre folklore. Léo-Pol Morin, musicien canadien du début du 20e siècle, décrit la musique de Champagne comme un art : « […] poli, infiniment civilisé, aux coins arrondis, qui cherche le beau dessin, les belles formes, la précision et la concision. Nul déchet, nulle bavure, nulle hésitation n'encombrent jamais le style de ce musicien canadien, l'un des plus instruits et des mieux équilibrés de sa génération » (Papiers de musique). Quand il qualifie la musique de Champagne, Morin semble penser à Danse villageoise, œuvre au charme indéniable qui allie légèreté et transparence. Avec sa mélodie gracieuse qui se renouvelle constamment, Danse villageoise séduit par ses variations lyriques et son ornementation fluide. On sent davantage l’influence du folklore canadien français dans la seconde section dont l’harmonie est soutenue par des notes tenues appelées pédales, caractéristiques de la technique des violoneux québécois.
Aaron Copland (1900-1990), Rodeo : « Hoe Down » (1942)
Enfant chéri du monde musical américain, Copland a fait une partie de ses études auprès de Nadia Boulanger, à Paris, école fertile d’où sont issus certains des plus grands compositeurs américains du 20e siècle tels que Eliott Carter et Philip Glass. Son parcours d’éducateur et de musicien a permis à Copland d’accéder au panthéon des compositeurs américains les plus joués. Certainement l’une de ses œuvres les plus populaires, le ballet Rodeo présente l’histoire d’une cowgirl accomplie qui cherche à se trouver un mari. D’abord rebuté par les manières garçonnes de la jeune fille, un cowboy finit par succomber à ses charmes féminins lors d’une danse. « Hoe Down » est l’épisode final du ballet, une joyeuse danse mêlant quadrilles et reels. Entendu à plusieurs reprises au petit comme au grand écran, l’extrait a même servi pour une campagne publicitaire de l’industrie américaine du bœuf! Musique exubérante sur des rythmes asymétriques et syncopés, « Hoe Down » donne envie de s’élancer sur la piste de danse. L’utilisation des cordes ouvertes met en valeur la saveur folklorique de l’œuvre, tandis que l’inventivité de l’orchestration lui donne une ampleur toute symphonique. Une section centrale, presque descriptive, rappelle à l’auditeur que Copland est plus qu’un compositeur « populaire », il maîtrise avec brio textures, couleurs et harmonies, pour le plus grand plaisir du public.
Fela Sowande (1905-1987), African Suite (1944)
Compositeur originaire du Nigéria, Fela Sowande est considéré comme le père de la musique classique ouest-africaine. Comme bien des compositeurs africains du 20e siècle, l’influence de la musique d’église amenée par les missionnaires a été déterminante dans son apprentissage. Jeune choriste et organiste, Sowande a ainsi abordé les grands maîtres, tout en prêtant l’oreille au jazz et à la musique populaire nigériane. En 1934, il part étudier à Londres, où il poursuit ses activités musicales comme organiste pour la BBC, notamment. En plus de ses activités de compositeur, Sowande a enseigné à l’Université Howard de Washington, à l’Université de Pittsburgh, ainsi qu’à la Kent State University. Œuvre de maturité, African Suite représente bien le style de Sowande, heureux mariage entre la musique nigériane et les techniques de composition européennes. En effet, on y perçoit l’influence de la musique anglicane, mais aussi celle des mélodies pentatoniques typiques de la musique ouest-africaine. Dans les premier et troisième mouvements, Joyful Day et Onipe, Sowande emprunte des mélodies du compositeur ghanéen Ephrain Amu, qu’il harmonise à sa façon. Le thème du mouvement lent, Nostalgia, exprime toute la mélancolie liée au mal du pays. Lullaby et Akinla concluent l’œuvre avec des mélodies folkloriques et populaires qui, pour l’auditeur nord-américain, offrent tout l’exotisme d’une Afrique ardente.