Notes biographiques
Jacques Lacombe
Chef d'orchestre

Originaire de Trois-Rivières, Jacques Lacombe a conquis la scène internationale grâce à sa grande polyvalence, lui permettant d'exceller aussi bien dans les répertoires d’orchestre, de ballet ou d'opéra, ainsi qu'à sa remarquable habileté à communiquer l'esprit des œuvres, lui qui dirige souvent sans partition.
Directeur artistique de l’OSTR depuis 2006, maestro Lacombe a auparavant occupé les postes de premier chef invité de l'Orchestre symphonique de Montréal, de directeur musical et artistique de la Philarmonie de Lorraine à Metz en France, de chef assistant de Charles Dutoit à l'Orchestre symphonique de Montréal, il fut également chef d'orchestre attitré et directeur musical des Grands Ballets Canadiens.
Régulièrement invité par de nombreux orchestres et maisons d'opéra de prestige, maestro Lacombe dirigera prochainement Carmina Burana de Orff à la New Jersey Symphony (7, 8 et 9 novembre 2008), les Matinées symphoniques de l’OSTR (17 et 18 novembre 2008) et le concert Noël avec Claire Pelletier de l’OSTR (13 décembre 2008), avant de s’envoler à la fin de l’année vers le Deutsche Oper Berlin pour Ariadne auf Naxos de Strauss (8, 11, 19, 21 et 27 février 2009).
Marie Bérard
Violon

Connue surtout pour son poste de violon solo de l’orchestre de la Canadian Opera Company, Marie Bérard est également chambriste, soliste, artiste de l’enregistrement et professeure. Madame Bérard a reçu sa formation au Conservatoire de musique de Trois-Rivières, et a ensuite étudié à l’Université de Toronto, où elle a eu pour professeur David Zafer, elle a aussi été l’élève de Lorand Fenyves, Sydney Harth et Nathan Milstein.
Marie Bérard a acquis une grande réputation à titre d’interprète de musique contemporaine et son enregistrement de A Paganini par A. Schnittke a été élu meilleure interprétation par les auditeurs de CBC Radio. En 2002, elle a enregistré le Concerto pour violon et ensemble de cuivre d’Henry Kucharzyk. Elle participe régulièrement à plusieurs festivals de musique de chambre, notamment, le Festival international de la musique de chambre d’Ottawa, le Festival Blair Atholl en Écosse, ainsi qu’au Domaine Forget. Elle est aussi violon solo associé de l’orchestre du Festival Mainly Mozart à San Diego (Californie).
Récemment, Marie Bérard a joué Time Chant de Wolfgang Rihm avec l’Esprit Orchestra, le Double concerto de Brahms avec l’Orchestre symphonique de Peterborough, ainsi que le Triple concerto de Beethoven avec l’Orchestre symphonique de Saskatoon. Madame Bérard s’est jointe à la faculté de l’école Glenn Gould de Toronto à l’automne 2000 et elle est membre active de leur ensemble de musique de chambre, ARC, avec lequel elle a effectué une tournée en Chine en 2006. L’ensemble a aussi enregistré deux disques parus sous étiquette Sony Records, dont le premier fut sélectionné comme finaliste pour un prix Grammy en 2008. Marie Bérard joue un violon Pietro Landolfi 1767.
Notes analytiques
Par Claire-Émilie Calvert
Richard Wagner (1813-1883), Vaisseau fantôme: Ouverture, en ré mineur (1841)
Avec la légende du Vaisseau fantôme – un héros condamné à errer sur les eaux, un destin lié à l’amour d’une femme – Wagner aborde pour la première fois le thème de la rédemption par l’amour, un sujet qui sera central à travers son œuvre, que l’on pense seulement à Tristan und Isolde ou à Tannhäuser. Parmi les leitmotive ou thèmes récurrents, on entendra des appels de cors qui sont en fait le leitmotiv du bateau, le fameux « Hollandais volant ». Les harmonies tendues, ainsi que les roulements et coups de timbales illustrent avec éloquence la violence d’une tempête. Un thème bucolique relayé par les bois figure le leitmotiv de la « rédemption » et de grandes vagues de chromatisme aux cordes symbolisent l’ « esprit de l’océan ». Tout au long de l’Ouverture, Wagner crée une ambiance surnaturelle en tissant les thèmes qui serviront de trame à son opéra.
Franz Liszt (1811-1886), Valse Mephisto no 1 (v. 1860)
Mythe cher aux Romantiques, l’histoire de Faust et de Méphistophélès évoque le dangereux enivrement que procurent la magie et la science, la sauvagerie et la sensualité. Liszt y a puisé son inspiration à quelques reprises, pour sa Symphonie « Faust », entre autres, et pour quelques œuvres pour piano, dont la Valse Méphisto, que l’on entendra dans sa version pour orchestre. S’ouvrant nerveusement avec les cordes ouvertes des violons que suivent de mystérieux pizzicatos, la Valse endiablée s’amorce. On y entendra des mélodies étranges, un épisode de séduction tout en hésitations, puis les bruits déformés d’une fête d’où un violon émerge : c’est Méphisto qui joue pour ensorceler les fêtards et les pousser vers une extase maléfique. Heureusement, le rossignol chantera et le charme sera brisé par une fanfare éclatante.
Claude Debussy (1862-1918), Danse (Tarentelle styrienne) (1890)
(orchestration par Maurice Ravel : 1923)
Le compositeur français a fortement influencé le langage musical du siècle dernier par ses innovations harmoniques et rythmiques. Avant-gardiste et esprit libre, Debussy a renouvelé l’écriture musicale et annoncé la musique de ses successeurs. Privilégiant la couleur et le timbre plutôt que la fonction harmonique, sa musique a été qualifiée d’impressionniste. À l’instar des peintres de ce mouvement, il déploie un raffinement sonore et un éventail harmonique riche en couleurs et en nuances. La beauté diaphane et évanescente de ses œuvres, alliant modernisme et sensualité, laisse à peine présager leur structure complexe et techniquement recherchée. Sa curiosité intellectuelle l’a amené à la découverte des compositeurs russes, notamment Borodin et Moussorgski, de la musique des cultures orientales et, surtout, à fréquenter les cercles littéraires et artistiques parisiens et leurs ambassadeurs Mallarmé, Verlaine et Proust. Ces influences ont fortement teinté son travail, comme en témoigne ses œuvres phares Pelléas et Mélisandre, Prélude à l’après-midi d’au faune et La Mer. Avec Danse, il signe un scherzo très vif en forme de rondo dont les multiples superpositions rythmiques évoquent le tourbillon de la tarentelle, cette danse napolitaine. Maurice Ravel orchestra cette œuvre en 1923.
Pablo de Sarasate, (1844-1908), Zigeunerweisen (1878)
Bonbon pour le public, mais casse-tête pour les violonistes, les œuvres de Sarasate ont pour la plupart été composées pour lui-même. Les « airs tziganes » ne font pas exception, mais la virtuosité y sert de véhicule tant à la gravité qu’à l’humour. On y entend pratiquement toutes les possibilités techniques et toute l’étendue des sonorités du violon. On remarquera les aigus vertigineux, les doubles cordes, les harmoniques, les glissandos, les pizzicatos de la main droite et de la main gauche, etc. Mais au-delà du feu d’artifice technique, Zigeunerweisen reste l’une des pages les plus inspirées de Sarasate, comme l’illustre la section centrale où, avec une langueur toute tzigane, le violon y prend réellement les couleurs de la voix humaine.
Johann Strauss (fils) (1825-1899), La Chauve-souris, ouverture (1874)
Violoniste et chef d’orchestre, c’est en tant que compositeur, activité à laquelle il se consacra entièrement dès 1863, que Strauss passa à la postérité. L’auteur du Beau Danube bleu laisse un imposant répertoire partagé entre des chefs-d’œuvre de l’opérette viennoise et la musique de danse (valse, quadrille et polka) à laquelle il a donné ses lettres de noblesse. Quel que soit le genre, Strauss parvient avec un rare bonheur à insuffler à ses compositions légèreté, souplesse et élégance, à la manière d’un danseur. D’ailleurs, on remarque son influence chez Liszt, Wagner, Brahms et même Ravel, qui lui rendit hommage avec la célèbre Valse. De la quinzaine d’opérettes qui lui sont attribuées, notons les légendaires Baron Tzigane et Chauve-souris. Symbole de la tradition viennoise, cette dernière connut un succès international qui persiste encore aujourd’hui. Inspiré d’un vaudeville français, l’action principale se déroule lors d’un bal costumé où les masques tombent et où le déguisement de chauve-souris, qui a donné son titre à l’œuvre, devient le pivot d’une vengeance. Dès l’ouverture vive et endiablée, Strauss, par la technique de l’ouverture pot-pourri, évoque les plus beaux thèmes de cette œuvre, notamment la valse du deuxième acte et l’air de polka du premier acte.
François Dompierre (né en 1943), Les Diableries (1977)
Véritable homme-orchestre, François Dompierre porte les chapeaux d’auteur, compositeur, interprète, accompagnateur, chef d'orchestre, arrangeur et producteur, entre autres. Il a composé parmi les plus belles bandes sonores pour le cinéma québécois, méritant deux prix Génie pour les films de Jean Beaudin Mario (1984) et Le Matou (1985). Plus récemment, le succès de la création Les Glorieux avec l’Orchestre Symphonique de Montréal lui a valu les éloges de la critique et du public. Ses compositions instrumentales, souvent inspirées de la culture nord-américaine, ont toujours été de grands succès populaires. Les Diableries a été commandée comme pièce canadienne imposée pour le Concours international de musique de Montréal (violon) en 1979. Heureux mélange entre la musique classique et folklorique, la virtuosité diabolique du premier violon sert à évoquer « le Malin » qui sera tantôt Boiteux, tantôt Amoureux, puis Gigueux, Heureux et finalement, Grincheux!
Aram Khachaturian, (1903-1978), Masquerade (1941, transcription : 1944)
Sous le régime stalinien, l’emploi de techniques musicales modernes était considéré comme « politiquement incorrect » et la musique de Khatchaturian, tout comme celle de ses compatriotes Shostakovich et Prokofiev, a été censurée plus ou moins longtemps. Difficile d’imaginer que la musique du compositeur de la fameuse « Danse du sabre » a officiellement fait partie de la liste noire du gouvernement soviétique quand on entend la beauté de Masquerade. Pourtant touchée par la censure, cette œuvre a été conçue pour une pièce de théâtre satirique de Mikhail Lermontov posant un regard critique sur la société russe du 19e siècle. Composée de cinq courtes pièces – trois danses (Valse, Mazurka et Galop) alternant avec des épisodes plus méditatifs (Nocturne et Romance) – Masquerade allie la majesté, l’ironie et la gaieté dans une orchestration brillante. Khatchaturian y met en valeur des mélodies teintées de folklore russe dans un style qui aujourd’hui, ne cause heureusement plus de trouble politique...