Notes biographiques
Jacques Lacombe
Chef d'orchestre et orgue

Originaire de Trois-Rivières, Jacques Lacombe a conquis la scène internationale grâce à sa grande polyvalence, lui permettant d'exceller aussi bien dans les répertoires d’orchestre, de ballet ou d'opéra, ainsi qu'à sa remarquable habileté à communiquer l'esprit des œuvres, lui qui dirige souvent sans partition.
Directeur artistique de l’OSTR depuis 2006, maestro Lacombe a auparavant occupé les postes de premier chef invité de l'Orchestre symphonique de Montréal, de directeur musical et artistique de la Philarmonie de Lorraine à Metz en France, de chef assistant de Charles Dutoit à l'Orchestre symphonique de Montréal, il fut également chef d'orchestre attitré et directeur musical des Grands Ballets Canadiens.
Régulièrement invité par de nombreux orchestres et maisons d'opéra de prestige, maestro Lacombe dirigera prochainement le Der Traumgörge de Zemlinsky (23 mai et 15 juin) et le Der fliegende Holländer de Wagner (8 au 29 juin) au Deutsche Oper Berlin, avant d’entreprendre la tournée de l’Orchestre national des jeunes du Canada (8 juillet au 10 août 2008), puis celle de l’Orchestre symphonique des jeunes de Nouvelle-Zélande, en plus de diriger l’Orchestre symphonique de Nouvelle-Zélande (août 2008).
Philippe Bournival
Orgue
En avril 2000, Philippe Bournival obtient son diplôme d’Études supérieures 2 au Conservatoire de musique de Trois-Rivières, en orgue, dans la classe de Raymond Perrin en plus de compléter un module de spécialisation en écriture dans la classe de Gilles Bellemare. Depuis janvier 2006, Philippe Bournival occupe le poste de directeur musical au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Il mène une carrière active en tant que soliste, accompagnateur et improvisateur un peu partout au Québec. Notons qu’en mars 2003, dans le cadre des activités d’Orgue et couleurs, il a offert une prestation solo, ainsi que deux matchs d’improvisation à l’orgue à Paris. Outre ses créations pour le théâtre, son catalogue de compositions comprend de nombreuses œuvres. Philippe Bournival est aussi actif comme auteur-compositeur-interprète au sein du Duo Impromptu, ensemble musical qu’il forme avec la chanteuse Magali Lemieux.
Notes analytiques
Notes analytiques par Claire-Émilie Calvert
Jehan Alain (1911 – 1940), Litanies (1937)
Ce musicien surdoué au style personnel occupe une place à part dans le monde de l’orgue. En rejetant les idées reçues, il a fait évoluer le répertoire pour orgue comme peu de compositeurs l’ont fait. Tout au long de sa courte vie (il trouva la mort sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale), il ne cessa de composer pour le piano, l'orgue, la musique de chambre, les voix (solistes et choeurs) et l'orchestre. Son catalogue comporte plus de 140 oeuvres. Ses Litanies sont au répertoire des organistes du monde entier. La vitalité de l'œuvre de même que sa fulgurance et l'énergie qu'elle dégage explique sans doute qu'elle soit si souvent interprétée. En composant ses Litanies, Jehan Alain exprimait la foi ardente qui l’animait, comme en témoigne l’épigraphe de l’œuvre : « Quand l'âme chrétienne ne trouve plus de mots nouveaux dans la détresse pour implorer la miséricorde de Dieu, elle répète sans cesse la même invocation avec une foi véhémente. La raison atteint sa limite, seule la foi poursuit son ascension. ». Tout est dit dans cette phrase : la détresse de la condition humaine, la limite des mots, l'imploration dans la répétition d'une formule enivrante, et cette spiritualité au-delà du rationnel.
Johann Pachelbel (1653-1706), Canon en ré majeur (v. 1700)
Plus que l’homme d’une seule composition, Pachelbel est une figure importante de l’époque baroque. Il a notamment beaucoup apporté à la musique religieuse en plus de contribuer au développement de la musique pour clavier. Compositeur prolifique bénéficiant de la reconnaissance de ses contemporains, il occupe plusieurs postes importants dans différentes régions de l’Allemagne. À la cour d’Eisenach, il devient ami de la famille Bach et enseigne à Johann Christoph qui sera lui-même le professeur d’un certain Johann Sebastian. Le Canon en ré majeur a été composé à l’origine pour trois violons et basse continue. Une des principales caractéristiques de l’époque baroque, la basse continue est une technique d’improvisation basée sur une ligne écrite jouée par un ou deux instruments au registre relativement grave (un orgue, une viole et un clavecin, etc.). Autre principe typique de l’époque, le canon consiste à jouer une mélodie qui est reprise par un ou plusieurs instruments les uns à la suite des autres, à un intervalle de temps donné. Le fameux Canon en ré débute par deux mesures de basse continue précédant un thème joué par les trois sections de cordes, l’une après l’autre. D’abord une simple ligne mélodique de huit notes, le thème sera varié et deviendra de plus en plus dense, pour se faire plus serein en finale.
Marjan Mozetich (1948-), Unfolding Sky (1996)
Né de parents slovènes dans une petite ville d’Italie, le compositeur canadien Marjan Mozetich émigre au Canada en l952. Il étudie le piano et la composition à l’Université de Toronto, ainsi qu’au Royal Conservatory of Toronto. Mozetich poursuit son apprentissage en privé à Rome, entre autres avec Luciano Berio, un pionnier de la musique électronique et de la technique du collage. Mozetich s’est toujours impliqué dans les groupes de musique d’avant-garde; il est même un des cofondateurs de l’ensemble contemporain Arraymusic, en plus d’en avoir été le premier directeur artistique. Le langage de Mozetich est passé de l’expressionnisme d’avant-garde au minimalisme, et s’approche maintenant de ce que l’on pourrait appeler le romantisme contemporain. Joué à travers le Canada et partout dans le monde, Mozetich a reçu plusieurs prix et sa musique fait partie du répertoire de nombreux orchestres et même de troupes de ballet canadiennes. Unfolding Sky est une courte pièce tirée d’une série nommée Postcards from the Sky comprenant deux autres titres : Weeping Clouds et Messenger. Comme le titre le suggère, Unfolding Sky déploie lentement des lignes mélodiques d’un lyrisme indéniable, d’abord épurées, puis de plus en plus ornementées. Comme une fleur qui éclot, resplendit et se fane, l’œuvre semble être l’expression d’une beauté éphémère.
Charles Ives (1874-1954), The Unanswered Question (1906)
Charles Ives, tout comme ses populaires compatriotes américains Copland et Gershwin, a largement participé à l’évolution du langage musical du 20e siècle. Fils d’un directeur d’harmonie, il devient organiste de son église dès l’âge de 12 ans, composant déjà l’année suivante. Étudiant à Yale, Ives continue de composer, influencé par la musique d’église, mais aussi par le ragtime. Sa vie prend un tournant surprenant lorsqu’il cofonde un bureau pour une grande compagnie d’assurances. Se garantissant une existence loin des soucis économiques, Ives peut faire fi des critiques pour se consacrer à son art dans ses temps libres. Avec l’aide d’amis compositeurs, sa musique chemine tranquillement vers les salles de concert. Le langage d’Ives fait appel au collage, aux citations musicales et à une profonde conscience de l’espace et de l’acoustique, comme on peut le constater dans The Unanswered Question. L’œuvre philosophique met en relation trois groupes d’instruments intervenant de manières contrastées. Les cordes créent une ambiance paisible et enveloppante qui sera contrariée par les questions « existentielles » de la trompette et les réponses moqueuses de l’orgue (dans la version originale, Ives prévoit des bois). Les trois groupes sont en décalage rythmique, harmonique et mélodique, en plus d’êtres séparés dans l’espace, augmentant ainsi la distance symbolique de leurs interventions. La vraie réponse à la question de la trompette réside-t-elle dans la sérénité des cordes? Dans la désinvolture de l’orgue? La dernière fois, pas de réponse…
Francis Poulenc, (1899-1963), Concerto pour orgue, cordes et timbales (1938)
On considère Poulenc comme l’un des compositeurs les plus influents dans le développement de la musique religieuse au 20e siècle. Dans les années 20, voulant se distancier de l’impressionnisme et du wagnérisme ambiants, Poulenc s’associe à une bande de compositeurs, le Groupe des Six, se réclamant de l’univers imaginatif de Satie et de Cocteau. Après la guerre, le style de Poulenc tend de plus en plus vers un esprit religieux. Toutefois, dès 1938, son Concerto pour orgue marque déjà un tournant plus grave et plus spirituel dans son langage. Il affirme lui-même que ce Concerto n’est pas composé dans son style habituel, plus léger, que l’on retrouve dans ses œuvres précédentes. Il parle plutôt d’un Poulenc « en route pour le cloître ». Afin de maîtriser l’écriture pour orgue, Poulenc a étudié Buxtehude et Bach dont on sent l’influence dans l’ornementation et a consulté Maurice Duruflé, organiste ayant créé l’œuvre. Construit en un seul mouvement de forme plus rhapsodique que concertante, le Concerto débute par de puissants accords dissonants plaqués à l’orgue. Poulenc construit une dualité entre ces dissonances appuyées et des passages plus méditatifs. L’harmonie changeante et les contrastes de caractères contribuent à l’instabilité d’une ambiance tantôt riche et spirituelle, tantôt sombre et inquiétante. L’œuvre est dédicacée au Prince de Polignac et a été commandée par la Princesse, mécène de premier ordre dont le salon parisien fut fréquenté par les plus grands artistes du temps, dont Proust, Diaghilev et Monet.
Jean Sibelius (1865-1957), Rakastava (1911)
Violoniste finlandais talentueux, Sibelius compose des l’âge de 9 ans. Étudiant en composition et en violon à Helsinki, il poursuit ses études à Berlin ou il entre en contact avec la musique des grands compositeurs allemands de l’époque. De retour en Finlande pour enseigner, Sibelius bénéficie de la reconnaissance de ses compatriotes; en 1897, le sénat finlandais lui offre une pension qu’il recevra jusqu’à la fin de ses jours. En Finlande, les œuvres de Sibelius sont le plus souvent couronnées de succès et sa renommée devient internationale. Bien que considéré comme un représentant du nationalisme en musique, Sibelius n’utilise pas le folklore comme matériel thématique. Le caractère scandinave de ses œuvres se manifeste plutôt dans les harmonies modales, les mélodies obsédantes et la sévérité des formes. Toutefois, cette sévérité fait place à la tendresse et à l’intimité dans Rakastava, « Le Bien-aimé ». L’œuvre a d’abord été conçue en 1893 pour chœur d’hommes a capella sur des vers d’Elias Lönnrot. Sibelius a ensuite composé différentes versions, pour finalement faire un arrangement pour orchestre à cordes avec triangle et timbales (1911). Empreinte de mélancolie, l’œuvre met en valeur la délicatesse du langage descriptif de Sibelius qui semble faire écho aux vers de Lönnrot : « Où est mon loyal ami, où demeure mon bien-aimé, où repose ma joie, dans quelle terre se trouve ma fleur? ».
Johann Nepomuk Hummel (1778 – 1837), Concerto pour trompette (1803)
Enfant prodige, Hummel fut l’élève de Mozart et de Salieri. Considéré comme l’un des pianistes les plus reconnus de son époque, il est aujourd’hui quelque peu tombé dans l’oubli. À Hummel le compositeur, nous devons un imposant répertoire largement consacré au piano, bien qu’on y retrouve également des messes, des ballets et des opéras. Son œuvre mérite d’être redécouverte, en particulier ses sept concertos, dont le plus fréquemment interprété est certes le Concerto pour trompette, dont nous entendrons ici le premier mouvement « Allegro con spirito ». Adoptant la forme d’une sonate, ce mouvement aux allures héroïques et martiales n’est pas sans rappeler le travail de son maître Mozart.
Arvo Pärt (1935- ), Cantus In Memory of Benjamin Britten (1977-80)
L’Estonien Arvo Pärt, probablement l’un des compositeurs vivants les plus joués à l’heure actuelle, a d’abord travaillé comme ingénieur de son pour la radio avant de recevoir la reconnaissance de ses pairs et l’estime du public. D’abord attiré par la musique sérielle dans les années 60, Pärt s’attaque ensuite à plusieurs styles, étudiant notamment la musique de la Renaissance. Au milieu des années 70, son langage se cristallise autour de ce qu’il appelle la « tintinnabulation », mot qui réfère à ce qui tinte comme une cloche ou un grelot. Cette technique d’écriture implique la présence constante d’un groupe de trois sons, une triade, tout au long d’une œuvre. Cette triade sert de pôle d’attraction, de point de référence. Suivant ses expérimentations avec la tintinnabulation, Pärt compose trois œuvres majeures qui occupent aujourd’hui une place enviable dans le répertoire classique : Fratres, Tabula Rasa, et Cantus In Memoriam Benjamin Britten. Même s’il ne l’a pas connu personnellement, Pärt a été très touché par la mort de Benjamin Britten en 1976 et a tenu à offrir un hommage au compositeur britannique. Le thème principal de l’oeuvre, appelé « cantus », consiste en une simple gamme mineure descendante. Le cantus est joué plus lentement ou plus rapidement selon chaque voix et on l’entend à différentes octaves. Des cloches sonnent le glas tout au long de l’œuvre appuyant ainsi l’atmosphère de procession funèbre.
Ralph Vaughan-Williams (1872-1958), Fantasie sur un thème de Thomas Tallis (1910)
Tout comme Sibelius en Finlande, Ralph Vaughan-Williams est, en Angleterre, un digne représentant du nationalisme. En effet, sa musique est profondément marquée par la tradition anglaise. Vers le début des années 1900, Vaughan-Williams se met à recueillir les chansons du folklore anglais, une démarche qui contribue à nourrir son langage musical. Il développe aussi son style en tant qu’éditeur du English Hymnal (1906) et harmonise lui-même quelques titres. Ces influences britanniques se font sentir dans Fantasia on a Theme by Thomas Tallis. L’œuvre se base sur un hymne de Tallis, influent compositeur sous Henri XVIII, Marie Tudor et Elizabeth I. Tout au long de l’œuvre, Vaughan-Williams développe l’intensité grâce aux sonorités modernes des harmonies impressionnistes qui contrastent avec l’écriture en contrepoint rappelant le 16e siècle de Tallis. L’œuvre est conçue pour deux orchestres à cordes et un quatuor de solistes; typique de la musique religieuse anglicane, le style « question-réponse » (ou antiphonal) s’incarne dans l’opposition des deux orchestres représentant les chœurs. Pour ce concert, c’est l’orgue qui jouera la partie du premier orchestre dans un arrangement spécialement conçu pour l’acoustique de la Basilique Notre-Dame-du-Cap.