Notes biographiques
Gilles Bellemare
Chef d'orchestre émérite de l'OSTR

Chef d’orchestre, compositeur et pédagogue, Gilles Bellemare fut à l’origine de la fondation de l’OSTR, dont il assuma les fonctions de directeur artistique et de chef attitré durant vingt-sept années, à la suite desquelles il fut nommé chef d’orchestre émérite. Le Conseil québécois de la musique lui décerna d’ailleurs, en 2005, le prestigieux prix Directeur artistique de l’année.
Gilles Bellemare a signé les arrangements et les orchestrations de plusieurs oeuvres issues du folklore, du répertoire des géants de la chanson française, ainsi que les oeuvres du regretté pianiste et compositeur André Mathieu, qu’il se consacre à restaurer. D’ailleurs, le Quatrième concerto d’André Mathieu a été créé au printemps dernier par l’Orchestre symphonique de Tucson et le pianiste Alain Lefèvre, puis présenté par l’Orchestre national de France. Gilles Bellemare a de plus, au cours des derniers mois, dirigé des représentations du concert Piaf en symphonie en France et du concert Desjardins symphonique aux publics français et suisse. Gilles Bellemare a perfectionné la maîtrise de son art à la Hochschule fur Musik und Darstellende Kunst (Vienne) et à l’Accademia Nazionale Santa Cecilia (Rome). Il est également professeur et titulaire de la classe d’orchestre au Conservatoire de musique de Trois-Rivières depuis 1984.
Sébastien Lépine
Violoncelle

Dévoué à la démocratisation de la musique classique, Sébastien Lépine est l’instigateur de nombreux projets en ce sens. Ses initiatives ont d’ailleurs été maintes fois primés, d’ailleurs, son plus récent disque est en nomination pour le Prix Opus 2009 dans la catégorie Disque de l’année : musique classique, romantique, postromantique et impressionniste.
Sébastien Lépine est reconnu comme un chambriste chevronné qui consacre la majeure partie de sa carrière à des projets de musique de chambre. Il fonde notamment le Quatuor à cordes Abysse suite à un stage de perfectionnement avec l’Alexander String Quartet en Californie. Par ailleurs, on l’entend de plus en plus jouer du répertoire pour soliste avec orchestre au Canada et au Mexique.
Depuis qu’il a terminé ses études auprès du grand maître Janos Starker à l’Université d’Indiana, il donne de nombreux concerts au Canada, aux États-Unis, au Mexique et en Italie. Au nombre de ses prochains engagements figurent, entre autres, une tournée pancanadienne en 2010.
L’expérience de ce virtuose du violoncelle ne se limite pas à la scène. Sébastien Lépine compte aussi plusieurs enregistrements à son actif, dont Bareil & Lépine : Works for violon and cello, The Juliet Letters et Romantic sonatas for cello and piano. Un second disque du Quatuor Abysse regroupant des œuvres de compositeurs argentins sera d’ailleurs bientôt lancé. En plus d’être un artiste accompli, Sébastien prend à cœur le développement de la relève : il est enseignant depuis plusieurs années au Cégep de Drummondville et à l’Académie Les Estacades, où il dirige aussi l’orchestre symphonique.
Sébastien Lépine a l’immense bonheur de jouer un violoncelle Stradivarius 1699 et un archet Sartory prêtés par la Fondation Canimex.
Notes analytiques
Par Claire-Émilie Calvert
Jean Sibelius (1865-1957)
Finlandia, tableau symphonique, op. 26 (1899-1900)
Oeuvre donnée pour la dernière fois à l’OSTR en 1987
Compositeur finlandais associé au courant nationaliste, Sibelius a eu une importance majeure sur le développement de la symphonie et du poème symphonique au début du 20e siècle. Ayant amorcé, puis rapidement abandonné des études en droit à l’Université de Helsinki, il a voyagé en Allemagne et en Autriche pour parfaire ses connaissances musicales et se mettre en contact avec la nouvelle musique de l’époque. De retour en Finlande, les succès s’enchaînent et Sibelius peut compter sur une certaine sécurité financière.
1899 est l’année du triomphe de sa Symphonie no 1, ainsi que d’une vaste œuvre nommée Musique pour la célébration de la presse, dont est extrait Finlandia. En effet, l’œuvre a été composée dans le cadre des manifestations pour la défense de la presse finlandaise, aux prises avec un régime russe répressif. À la demande d’un public enthousiasmé par le dernier tableau de l’œuvre, Sibelius a scindé celle-ci en deux; les six premiers tableaux devenant les Scènes historiques op. 25 et le dernier tableau, Finlandia. À l’époque, on jouait Finlandia sous différents titres, afin de confondre la censure qui en désapprouvait le ton nationaliste. Effectivement, l’oeuvre illustre avec éloquence la lutte du peuple contre le régime russe et la naissance de l’identité nationale finlandaise, longtemps étouffée. Dès le début, Sibelius crée une ambiance menaçante par de puissantes sonneries de cuivres. S’alternent ensuite des sections à la saveur toute nordique, avec des mélodies tour à tour bucoliques ou triomphales, évoquant le courage et la détermination des Finlandais. L’œuvre se conclue sur un hymne pour lequel le poète Veikko Antero Koskenniemi, en 1941, a écrit ces paroles éclairantes : « Finlande, voici maintenant venue l’aube, la menace de la nuit a été chassée ».
Gilles Bellemare (né en 1952)
Concerto pour violoncelle et orchestre
Oeuvre donnée pour la première fois à l’OSTR
C’est à la demande du musicien Sébastien Lépine que Gilles Bellemare a entamé la composition de son Concerto pour violoncelle et orchestre, le deuxième concerto du catalogue de Bellemare, qui compte aussi un concerto pour marimba. Touché par la commande de son ancien élève, Gilles Bellemare a voulu composer une œuvre à la mesure du talent du violoncelliste accompli. « J’ai voulu mettre le soliste au premier plan », explique-t-il en mentionnant aussi le plaisir de discuter avec l’interprète durant la conception de l’œuvre. De plus l’extraordinaire sonorité de l’instrument de Lépine, un violoncelle Stradivarius 1699 prêté par Canimex a grandement inspiré le compositeur. La composition du concerto s’est donc faite dans un souci constant de la résonance particulière et des possibilités techniques propres au violoncelle. Le Concerto pour violoncelle et orchestre s’inscrit dans la continuité du langage mature de Bellemare, caractérisé par un souci de s’exprimer de façon actuelle, sans renier la tradition. « Je veux composer une musique vivante et contemporaine, à la modernité accessible », précise Bellemare, tout en indiquant qu’il ne prône pas un retour à la tonalité, mais qu’il privilégie une musique ne systématisant pas l’utilisation des dissonances. La musique de Gilles Bellemare tire plutôt sa richesse d’une indéniable maîtrise des couleurs et des textures orchestrales, maîtrise certainement influencée au fil des ans par le travail sur les fameux arrangements et orchestrations des œuvres de Leclerc, Piaf, Brel, Desjardins et André Mathieu. Le Concerto pour violoncelle et orchestre, en un mouvement, est dédié « … à la douce mémoire de Louis Mury ».
Piotr Ilyich Tchaïkovski (1840-1893)
Symphonie no 4 en fa mineur op. 36 (1877-1878)
Oeuvre donnée pour la dernière fois à l’OSTR en 1993
L’importance de Tchaïkovski dans l’histoire de la musique ne tient pas tant à l’innovation ou à l’originalité de son œuvre, mais à son langage musical parmi les plus expressifs de la fin du 19e siècle. Jeune pianiste talentueux, il étudie la composition au Conservatoire de Saint-Pétersbourg et poursuit son apprentissage à Moscou, où il devient professeur au tout nouveau Conservatoire. Souffrant fréquemment de son caractère nerveux et angoissé, Tchaïkovski bâtit tout de même peu à peu sa réputation sur le succès de sa musique de ballet. En 1877, de passage à Venise, il commence la composition de sa Symphonie no 4. La même année, il marie précipitamment Antonina Ivanovna Milyukova, une fervente admiratrice. L’union de quelques mois, un désastre total, se termine par une tentative de suicide ratée du compositeur et l’abandon de l’épouse. Toutefois, 1877 est aussi l’année du début de sa relation exclusivement épistolaire avec Nadezhda von Meck, dont le patronage et l’amitié à distance occuperont une place privilégiée dans la vie tourmentée du compositeur. Tchaïkovski termine la Quatrième symphonie en 1878 et la dédie à madame von Meck sous le titre énigmatique « à mon meilleur ami ». L’œuvre fait preuve d’une grande maturité artistique, de par son propos implicite questionnant la place de l’Homme dans l’univers. Tchaïkovski a d’ailleurs écrit à madame von Meck que d’une part, jamais une de ses oeuvres orchestrales ne lui a demandé autant de travail, mais que d’autre part, il n’a jamais autant aimé un de ses ouvrages. Paradoxalement, la réception de la Quatrième symphonie a été plutôt froide et la première américaine a été carrément ratée, la critique qualifiant l’œuvre de barbare et dérangeante. Heureusement, l’œuvre s’est rapidement imposée dans le répertoire des orchestres de l’époque, devenant même l’une des symphonies les plus jouées à la fin du 19e siècle. Le premier mouvement de la Symphonie no 4 débute par un thème interprété par les cuivres et décrit par Tchaïkovski comme représentant le Destin, tel une épée de Damoclès au-dessus de la tête de l’Humain. Tout au long du premier mouvement, ce thème vient servir de structure en jalonnant les différentes sections, comme un rappel de la dure réalité après les passages plus lumineux. Après un deuxième mouvement plus contemplatif au thème principal poignant de mélancolie, un scherzo tout en pizzicato vient égayer quelque peu l’atmosphère. Le dernier mouvement, selon les explications de Tchaïkovski à madame von Meck, conclut l’œuvre sur une note d’espoir : si l’on ne trouve pas de raison d’être heureux dans sa propre vie, observer la gaieté des autres peut nous apporter l’espoir d’un bonheur possible. Oeuvre dramatique et même philosophique, la Quatrième symphonie porte une charge émotionnelle typique de la musique de Tchaïkovski et permet d’entrevoir « l’âme russe » d’une fin de 19e siècle profondément romantique.