Par Claire-Émilie Calvert
Johann Strauss fils (1825-1899) Le Baron tzigane: ouverture (1885)
Interprété pour la première fois par l’OSTR
Après avoir fait de la valse une mode incontournable à la cour de Vienne, Strauss est devenu un habitué du succès public. Son opérette
Le Baron tzigane a été l’un de ses derniers grands triomphes, avec quatre-vingts représentations consécutives.
Le Baron tzigane suit la tradition de l’opérette viennoise, c’est-à-dire qu’il enchaîne les valses, mazurkas, polkas et czardas, au grand bonheur du public de l’époque et d’aujourd’hui. L’intrigue est tirée de Saffi, un roman de l’auteur hongrois Mor Jokai, et elle présente une histoire remplie de rebondissements romanesques. Campée dans une province de Hongrie qui vient de se sortir de l’occupation turque pour la domination autrichienne, l’histoire du Baron tzigane en est une d’exil, de trésor caché, d’amour impossible, de guerre et de victoire. On retrouve dans l’Ouverture tout l’éclat et la légèreté de Strauss qui sait traduire avec brio la gaîté viennoise.
Anne Lauber (née en 1943), Concerto pour violon no 2 (création mondiale)
Interprété pour la première fois par l’OSTR
Violoniste et pianiste de formation, Anne Lauber est née à Zurich et elle a étudié au Conservatoire de Lausanne. Arrivée à Montréal en 1967, elle obtient sa nationalité canadienne en 1972. Des cours privés avec André Prévost la mènent à l'Université de Montréal, où elle continue son apprentissage avec le compositeur, de même qu’avec Serge Garant. Elle y acquiert son doctorat en musique (option composition) en 1986. Anne Lauber est récipiendaire de nombreuses subventions du Conseil des Arts du Canada et du ministère des Affaires culturelles du Québec. Sa musique est jouée partout à travers le monde et elle reçoit les commandes d’orchestres et d’interprètes de renom. Pédagogue, elle a enseigné à l'Université de Montréal, à l'Université Concordia, à l'Université du Québec à Montréal et à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Elle est co-fondatrice du groupe Les Mélodistes indépendants, membre de la Ligue canadienne de compositeurs et compositrice agréée du Centre de musique canadienne, dont elle a aussi été présidente de la section montréalaise (1987). Selon le Centre de musique canadienne, « pour Anne Lauber, la musique est un langage universel et immuable dans le temps. Par conséquent, sans couper avec les traditions sur le plan des formes et de l’harmonisation, elle utilise diverses techniques d’écritures pourvu que ce soit au service de l’idée musicale. Le but visé : la clarté d’expression et la communication. » Pour en savoir plus sur sa musique, visiter le
www.cmcquebec.ca.
Johannes Brahms (1833-1897) Danses hongroises no 5 et no 6 (1869-1880)
Interprété pour la dernière fois par l’OSTR en 1989
D’abord composées pour piano à quatre mains, les
Danses hongroises ont été publiées en deux parties, soit en 1869 (nos 1-10) et en 1880 (nos 11-21). Brahms y présente des mélodies folkloriques magyares et gitanes, dans un souci esthétique et non ethnologique. Les thèmes sont arrangés avec l’élégance et le génie du compositeur qui en fait de petits bijoux aux multiples facettes. Plusieurs compositeurs ont par la suite orchestré les
Danses hongroises, dont Antonin Dvorak et Martin Schmeling. Ce dernier a arrangé les célèbres
Danses no 5 et no 6 dans une instrumentation riche et colorée. La
Danse no 5 est une mélodie depuis longtemps associée à Brahms, entendue à de nombreuses reprises dans les films, la publicité et même les dessins animés.
La Danse no 6 débute par un thème évoquant la nonchalance tsigane interrompue par des élans festifs aux accents syncopés. Après un intermède plus emphatique, le premier thème revient, libéré de sa nonchalance et redoublant d’allégresse dans une finale explosive.
Georges Bizet (1838-1875) Carmen: suite no 1 et suite no 2 (1875)
Interprété pour la dernière fois par l’OSTR en 1982
C’est à la suite de la mort prématurée de Bizet - survenue trente jours après la première de
Carmen à l’Opéra Comique de Paris - que son éditeur Ernest Guiraud a choisi de publier des suites orchestrales présentant des moments clefs de l’opéra, qui connaîtra finalement le succès après un début sur scène entouré de controverse. Chaque suite comprend six numéros : la première suite présente des préludes et des entractes, tandis que la deuxième suite met de l’avant les airs qui ont fait de
Carmen l’opéra français le plus joué à travers le monde. Même sans le support du livret, tiré de la nouvelle de Prosper Mérimée (1847), les mélodies de Bizet transmettent tout l’exotisme des personnages et le drame des amours de Don José et de sa fascinante bohémienne.
Maurice Ravel (1875-1937) Tzigane, Rhapsodie de concert pour violon et orchestre (1922-1924)
Interprété pour la première fois par l’OSTR
Tzigane a été commandée et créée par la violoniste hongroise Jelly Aranyi, petite nièce de Joseph Joachim, réputée pour sa virtuosité tant dans le répertoire classique que dans le répertoire tsigane. La création de l’œuvre a lieu en 1924; d’abord avec accompagnement de piano, puis dans une version orchestrée par Ravel lui-même, avec les Concerts Colonne sous la direction de Gabriel Pierné. L’œuvre commence par une longue cadence laissant une impression d’improvisation. On y entend le motif qui servira de matériel principal pour la seconde section : une quinte descendante sur un rythme pointé. Une cadence de harpe vient clore la première section qui s’enchaîne avec la seconde, exploitant pratiquement toutes les possibilités techniques du violon. Des pizzicatos de la main droite et de la main gauche jusqu’aux harmoniques, en passant par les doubles cordes et les trilles, la virtuosité n’a d’égale que l’inventivité mélodique, harmonique et orchestrale de Ravel.
Franz Liszt (1811-1886) Rhapsodie hongroise no 2 (arr. de Müller-Berghaus)
Interprété pour la dernière fois par l’OSTR en 1987
En 1839, Liszt visite la Hongrie, qui essaie à cette époque de se sortir de la domination autrichienne. Accueilli en héros national, il parcourt son pays d’origine qu’il a quitté depuis plusieurs années. Dans les rues de la Hongrie, Liszt entend des musiciens tsiganes; leur virtuosité naturelle et la liberté formelle de leur musique provoquent son admiration et excitent sa fibre nationaliste. Il ressent la nécessité de s’inscrire dans ce qu’il croit alors être le folklore de sa patrie, au grand dam du peuple magyar pour qui la musique des nomades n’a rien en commun avec la musique hongroise… Ce faux pas n’empêchera pas Liszt d’intégrer la musique tsigane à son langage; il compose dix-neuf
rhapsodies hongroises. La rhapsodie, ou « chant du poète » chez les Grecs, donne une impression d’improvisation qui s’articule autour d’idées musicales très nettes, inspirées par les formes des danses tsiganes. En effet, une première section assez lente (lassu) précède une deuxième section beaucoup plus animée (friska). À la suite à son voyage, Liszt a composé dix volumes de pièces pour piano inspirées de mélodies tsiganes et a continué de s’entourer de l’aura de mystère des nomades hongrois.