Par Claire-Émilie Calvert
Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie no 1 en sol mineur « Rêves d'hiver », op. 13 (1866)
Interprété pour la première fois par l’OSTR.
Première d’une série de huit symphonies - incluant les six numérotées,
Manfred et une œuvre inachevée - la symphonie
Rêves d’hiver annonce le talent d’un symphoniste unique, Tchaïkovski. Profondément ancrée dans les traditions russes, mais révélant une connaissance profonde des règles de la musique classique occidentale, la
Première Symphonie figure parmi les pages les plus colorées du compositeur. Terminée en août 1866, Tchaïkovski produit une seconde version de sa symphonie la même année, puis une révision en 1874. Les sous-titres sont du compositeur lui-même et l’œuvre est dédiée à Nikolaï Rubinstein, qui a aussi dirigé la création à Moscou en février 1868. Le succès de la première a grandement récompensé le compositeur qui s’était véritablement investi dans la composition de l’œuvre, au point de frôler la dépression nerveuse. L’œuvre invite à la rêverie, mais sans mélancolie. Dans chaque mouvement, la puissance dramatique des thèmes annonce la maîtrise mélodique qu’atteindra Tchaïkovski dans ses ballets, notamment. En 1883, au sujet de
Rêves d’hiver il écrira à Nadezhda von Meck : « [ma première symphonie] est très immature, mais fondamentalement, son contenu est plus riche que plusieurs de mes autres œuvres, plus matures ». Le froid glacial, la tranquillité, mais aussi la splendeur de l’hiver sont tour à tour évoqués, dans une orchestration flamboyante propre au langage musical de Tchaïkovski, reconnaissable entre tous. Présentés séparément, les quatre mouvements deviennent le cadre de festivités hivernales et invitent à vivre l’esprit de Noël.
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Franz Liszt (1811-1886), Concerto no 1 pour piano et orchestre en mi bémol majeur (1855)
Interprété pour la dernière fois par l’OSTR en 1986.
Personnifiant parfaitement le romantisme du XIXe siècle, Liszt est le digne représentant de toutes les contradictions de son époque : nationaliste et citoyen du monde, charmant et snob, généreux et mesquin, débauché et religieux… Pianiste prodige, improvisateur envié, Liszt pouvait aussi se vanter d’être un chef d’orchestre reconnu, un professeur recherché et un compositeur admiré. Véritable vedette à son époque, ses frasques tout autant que les critiques de ses concerts s’étendent dans les colonnes des gazettes parisiennes. Derrière le feu d’artifice technique de ses œuvres, on perçoit toutefois une vision poétique et spirituelle qui prendra beaucoup plus d’importance dans ses dernières compositions. Comme plusieurs des œuvres de Liszt d’avant 1856, le
Premier concerto a été orchestré par son élève Joachim Raff. En effet, passé maître dans l’écriture pour piano, Liszt ne révélera ses talents d’orchestrateur que quelques années plus tard, dans sa
Faust-Symphonie. Cependant, dès 1830, Liszt note dans un carnet ce qui allait devenir le thème principal de son premier concerto pour piano. Il en termine la composition en 1849 et plusieurs révisions suivront, la dernière datant d’un an après la création de l’œuvre, en 1855 à Weimar sous la baguette d’Hector Berlioz avec le compositeur au piano. Le
Concerto est en quatre mouvements enchaînés : Allegro maestoso, Quasi adagio, Allegretto vivace et Allegro marziale animato. Tout au long de l’oeuvre, l’intensité dramatique n’a d’égale que l’intensité technique, et ce, même dans les passages qui semblent improvisés. Morceau de bravoure typiquement lisztien, le
Premier concerto est aussi une œuvre cyclique, forme chère aux compositeurs romantiques. En effet, tout le matériel thématique semble inspiré par les premières mesures de l’orchestre et les thèmes entendus dans les différentes sections réapparaissent tout au long de l’œuvre. On peut difficilement passer sous silence la présence marquée du triangle dans le troisième mouvement, présence souvent tournée en dérision, mais qui rappelle le caractère jovial, léger et gouailleur du pianiste hongrois.
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Franz Schubert (1797-1828), Le Voyage d’Hiver (Winterreise) (1827)
Interprété pour la première fois par l’OSTR.
Avec plus de 600 lieder à son catalogue, Franz Schubert est certainement le compositeur le plus prolifique dans ce genre cher aux romantiques. Ces courtes chansons sur des poèmes choisis véhiculent le génie de Schubert et témoignent de l’intensité de sa vie intérieure en comparaison de son existence simple et modeste. Les lieder de Schubert, par leur puissance évocatrice sont devenus un genre aussi important que la symphonie ou le quatuor à la même époque. Chez Schubert, le drame est intérieur, tout en retenue et en pudeur; l’apparente simplicité de la mélodie, avec la voix au premier plan, cache la complexité de l’accompagnement qui reflète le moi intérieur du personnage. Chaque note, chaque silence a un sens précis; il produit ainsi un impact émotionnel grandiose avec peu de moyens. Couronnement d’un catalogue étoffé,
Winterreise reflète les émotions d’un cœur sensible, sur le thème du voyage, des amours déçues, de la démence et de la mort. Schubert propose un voyage intérieur au cœur d’un hiver symbolique, sur des poèmes de Wilhelm Müller. Souvent interprétés individuellement, les vingt-quatre lieder forment toutefois un cycle cohérent, racontant l’histoire d’un amoureux éconduit quittant le lieu de ses amours pour un voyage sans destination, vers sa propre mort peut-être ou vers un délire libérateur. Les extraits choisis ont été orchestrés par maestro Jacques Lacombe, dans une version où l’orchestre sert de révélateur à la richesse musicale des originaux.
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Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie des jouets en do majeur (av. 1759)
Interprété pour la dernière fois par l’OSTR en 1988.
Publiée en 1820, la première édition de la
Symphonie des jouets mentionne sur sa couverture le nom d’Haydn, sans autre précision. Cependant, l’œuvre n’apparaît pas dans l’Entwurf-Katalog, catalogue d’œuvres d’Haydn compilé par le compositeur lui-même. De plus, il existe un manuscrit de la
Symphonie des jouets copié de la main de Léopold Mozart et datant de 1759. Qui a donc composé la charmante symphonie? Le mystère restera probablement toujours entier, mais les chercheurs pensent que la
Symphonie des jouets serait un recueil de courtes pièces de différents compositeurs, attribué à Joseph Haydn ou Léopold Mozart, une technique de vente courante à l’époque classique. C’est que la grande vogue des jouets musicaux - produits par de grands manufacturiers de la ville de Berchtesgaden et des environs - inspire à l’époque plusieurs compositeurs, des plus sérieux aux simples amateurs. Ces petits divertissements musicaux intègrent aux instruments traditionnels divers hochets, klaxons, coucous, etc. La
Symphonie des jouets n’est donc pas à proprement parler une véritable symphonie, mais une courte pièce en trois sections qui fait maintenant partie du répertoire orchestral, apportant une touche de légèreté aux programmes festifs et rappelant aux auditeurs la simplicité des joies de l’enfance.
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