Samedi 27 mars 2010
à 20 h
Salle J.-Antonio-Thompson
Gilles Bellemare chef d’orchestre émérite de l’OSTR Alain Lefèvre piano Classe d’orchestre du Conservatoire de musique de Trois-Rivières
Un concert aux airs de retrouvailles pour deux musiciens voués à la reconnaissance de l’œuvre injustement mésestimée d’André Mathieu. Acclamé de par le monde, le pianiste Alain Lefèvre interprétera son Quatrième Concerto, sous la direction de celui qui a patiemment restauré la partition, Gilles Bellemare. Ce grand rendez-vous musical se conclura par la vibrante Huitième Symphonie de Dvorak. Ce concert accueillera également les élèves de la classe d’orchestre du Conservatoire de musique de Trois-Rivières.
Concert présenté en collaboration avec le Conservatoire de musique de Trois-Rivières.
Au programme
André Mathieu
Concerto no 4 en mi mineur pour piano et orchestre
(reconstitution et orchestration de Gilles Bellemare)
Antonin Dvorak
Symphonie no 8 en sol majeur, opus 88
Causerie pré-concert
Causerie Hydro-Québec animée par Louise Hamel à 19 h 30 au foyer Gilles-Beaudoin.
Notes biographiques
Gilles Bellemare
Chef d'orchestre émérite de l'OSTR
Chef d’orchestre, compositeur et pédagogue, Gilles Bellemare fut à l’origine de la fondation de l’OSTR, dont il assuma les fonctions de directeur artistique et de chef attitré durant vingt-sept années, à la suite desquelles il fut nommé chef d’orchestre émérite. Le Conseil québécois de la musique lui décerna d’ailleurs, en 2005, le prestigieux prix Directeur artistique de l’année.
Gilles Bellemare a signé les arrangements et les orchestrations de plusieurs oeuvres issues du folklore, du répertoire des géants de la chanson française, ainsi que les oeuvres du regretté pianiste et compositeur André Mathieu qu’il se consacre à restaurer. D’ailleurs, le Quatrième Concerto d’André Mathieu a été créé en 2008 par l’Orchestre symphonique de Tucson et le pianiste Alain Lefèvre, puis présenté par l’Orchestre national de France. Gilles Bellemare a perfectionné la maîtrise de son art à la Hochschule fur Musik und Darstellende Kunst (Vienne) et à l’Accademia Nazionale Santa Cecilia (Rome). Il est également professeur et titulaire de la classe d’orchestre au Conservatoire de musique de Trois-Rivières depuis 1984.
Alain Lefèvre
Piano
Décrit comme un “Héros” (Los Angeles Times), un pianiste “spectaculaire” (Fanfare Magazine), un “virtuose foudroyant” (Washington Post), une “valeur sûre” (Music Week, London), un “talent génial” (The Gazette) et comme “ les 10 doigts les plus agiles à avoir émergé du Québec…” (Toronto Star), le pianiste et compositeur canadien Alain Lefèvre, poursuit une brillante carrière internationale qui le conduit sur les scènes prestigieuses du monde, en récital et avec les grands orchestres et chefs de renom.
En janvier 2009, il se joignait au prestigieux orchestre de chambre européen, le London Mozart Players, pour une tournée de concerts au Royaume-Uni, suivie d’un enregistrement à l’Église St-Jude-on-the-Hill à Londres, marquant la première mondiale au disque, du « Concertino no 2 » d’André Mathieu, dont la sortie est prévue à l’Automne.
Récemment, Alain Lefèvre donnait la première européenne du « Concerto no 4 » d’André Mathieu avec l’Orchestre National de France au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Il fut, entre autres, soliste invité du Royal Philharmonic Orchestra de Londres, du China Philharmonic, du Guangzhou Symphony, du Malaysian Philharmonic de Kuala Lumpur, de la SWR de Stuttgart, de la Stattskapelle Sinfonie de Weimar, de l’Orchestre symphonique de Hambourg, de l’Orchestre symphonique de Nuremberg, l’Orchestre symphonique de Wuppertal, du Detroit Symphony, du National Symphony à Washington, du Houston Symphony, du Pacific Symphony, du Tucson Symphony et du Long Beach Symphony, de l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre symphonique de Québec, du Toronto Symphony, de la Philharmonie de Lorraine, de l’Orchestre symphonique National de Mexico, de l’Orchestre Philharmonique de Buenos Aires, et des Virtuoses de Moscou. Il a notamment collaboré avec Matthias Bamert, Franz-Paul Decker, Charles Dutoit, Christoph Eschenbach, Lawrence Foster, George Hanson, Jaçek Kaspszyk, Bernhard Klee, Kent Nagano, Yannick Nézet-Séguin, Jukka-Pekka Saraste, Vladimir Spivakov, Carl St-Clair, Yoav Talmi, Yan Pascal Tortelier et Long Yu
Décoré Chevalier de l’Ordre de la Pléiade, Alain Lefèvre recevait le Prix André Gagnon décerné par la SPACQ en octobre dernier pour ses compositions. Il est également récipiendaire de cinq Félix décernés par l’ADISQ (2001-2007). Le 11 janvier 2009, Alain Lefèvre était nommé «Personnalité de la semaine» par La Presse et Radio-Canada. Les dimanches matins, il anime une émission consacrée à la musique classique diffusée sur les ondes d’Espace Musique de Radio-Canada.
Notes analytiques
Par Claire-Émilie Calvert
André Mathieu (1929-1968) Concerto no 4 en mi mineurpour piano et orchestre (v. 1946)
Reconstitution et orchestration de Gilles Bellemare
Salut André! On a bien mangé, on a bien bu, qu'est-ce que tu vas nous jouer?
― Un pot-pourri de mon Quatrième Concerto.
C'est ainsi que débute le principal témoignage de ce qu'était le Concerto pour piano no 4 d'André Mathieu. Pas de partition complète, seulement quelques enregistrements incomplets, quelques portées d'écriture brouillonne et ceci : l'enregistrement d'un « pot-pourri » improvisé qui rassemble les idées principales d'une œuvre qui n'a probablement jamais été jouée deux fois de manière identique. Un vrai casse-tête pour Gilles Bellemare qui a littéralement reconstitué et orchestré l'œuvre.
À partir d'un enregistrement remis presque secrètement à Alain Lefèvre par une admiratrice, la reconstitution s'est organisée. Quelle forme donner à une œuvre dont les thèmes ne sont pratiquement jamais développés? Quelle mélodie accorder à quel instrument, étant donné que, sur l'enregistrement, Mathieu joue la partie du soliste et celle de l'orchestre au piano seulement? Problèmes éthiques, énigmes musicales, décisions artistiques, des choix ont été faits en se basant sur une connaissance profonde du langage musical de Mathieu et en considérant que le deuxième mouvement du Quatrième Concerto a été retravaillé par Mathieu lui-même pour devenir la désormais fameuse Rhapsodie romantique. Il faut mentionner que, depuis plus de cinq ans, Gilles Bellemare vit littéralement dans l'univers musical de Mathieu, écoutant, fouillant et orchestrant plusieurs de ses œuvres à la demande d'Alain Lefèvre. De telle sorte que, si l'œuvre est bel et bien représentative du « romantisme moderne » duquel Mathieu se réclamait de son vivant, c'est le langage musical de Bellemare qui sert d'écrin aux mélodies prenantes et aux élans pianistiques impétueux du Quatrième Concerto.
On sait que Mathieu interprète deux mouvements de son Quatrième concerto en 1947 pour la radio de Radio-Canada et que, par la suite, l'œuvre se retrouve au programme de plusieurs concerts de 1948 à 1955. C'est une période difficile pour le compositeur qui est revenu sans diplôme d'un séjour à Paris, où il n'a pas su créer de contacts, ni s'assurer la protection d'un compositeur connu. Après une enfance riche de promesses et une adolescence tourmentée, le jeune homme, ravagé par l'alcoolisme, continue pourtant de créer malgré l'impossibilité de trouver sa place dans le milieu musical québécois. Ainsi, la vie d'André Mathieu a été marquée par la constante pression d'une carrière fulgurante portée par une critique nationaliste qui voulait en faire un héros, le représentant de toutes les possibilités de réussite et de gloire des Canadiens français. Plus de quarante ans après sa mort prématurée et grâce au pianiste Alain Lefèvre qui a ravivé notre mémoire collective, André Mathieu reprend peu à peu sa place dans notre patrimoine culturel.
Entendez des extraits du Quatrième Concerto pour piano d'André Mathieu en cliquant ici.
Antonin Dvorak (1841-1904) Symphonie no 8 en sol majeur , opus 88 (1889)
Enraciné dans le fertile terroir tchèque et enrichi par les traditions formelles germaniques, le langage d'Antonin Dvorak témoigne d'une maîtrise peu commune de l'écriture musicale. En effet, sa musique est le produit d'un travail consciencieux, d'une recherche profonde et d'une volonté de s'inscrire dans une tradition tout en prônant un langage personnel et nationaliste. Dans presque chaque genre musical, ses œuvres sont de véritables piliers du répertoire; on pense notamment à sa musique de chambre, à ses concertos, de même qu'à son opéra Rusalka et, bien entendu, à ses neuf symphonies.
Dans la Symphonie no 8, tout comme dans ses autres œuvres symphoniques, Dvorak exploite chaque instrument dans une orchestration transparente et efficace qui met en valeur chaque idée musicale. Ainsi, pratiquement tout le matériel thématique de la Huitième Symphonie est dérivé d'une courte cellule mélodique en arpège d'abord jouée par la flûte au tout début du premier mouvement à la suite d'une introduction mélodique aux violoncelles. Une manière qui n'est pas sans rappeler les techniques d'écriture d'un Brahms ou d'un Beethoven. Ainsi, l'unité thématique des quatre mouvements est assurée par cet arpège ascendant, représentation d'un optimisme qui imprègne toute la symphonie. Rythmique d'inspiration tchèque, beauté simple des mélodies, alternance des modes majeur et mineur, subtilités formelles et métriques, la Symphonie no 8 présente toutes les caractéristiques du langage musical de Dvorak et témoigne de la totale organisation de sa pensée musicale.
La Huitième Symphonie a été dirigée pour la première fois par le compositeur lui-même à Prague le 2 février 1890, deux ans avant son départ pour les États-Unis où la musique de Dvorak allait paradoxalement assumer une couleur encore plus nationaliste au contact de la culture du Nouveau Monde.
Entendez le premier mouvement de la Huitième Symphonie de Dvorak en cliquant ici.
Entendez le deuxième mouvement de la Huitième Symphonie de Dvorak en cliquant ici.
Entendez le troisième mouvement de la Huitième Symphonie de Dvorak en cliquant ici.
Entendez le quatrième mouvement de la Huitième Symphonie de Dvorak en cliquant ici.
Orchestre symphonique de Trois-Rivières
1517, rue Royale, case postale 1281
Trois-Rivières (Québec)
Canada G9A 5K8