Par Claire-Émilie Calvert
Glenn Buhr (né en 1954)
Akasha (Sky) (1989)
Glenn Buhr est professeur agrégé de composition musicale à l’Université Wilfrid Laurier de Waterloo, où il enseigne depuis 1984. Il est directeur musical du St. Norbert Arts and Cultural Centre et directeur artistique du festival Music in the Ruins au Manitoba. De plus, il est l’un des cofondateurs du New Music Festival du Winnipeg Symphony Orchestra (WSO), dont il a aussi été le compositeur en résidence. En 1996, le WSO a même créé pour lui la fonction d’artiste lauréat. Outre sa participation active au milieu de la musique classique, il s'implique dans le Glenn Buhr Quartet comme pianiste jazz. Il compose également pour le cinéma, le théâtre et la danse.
Souvent programmatique, la musique de Buhr est créative et imagée. Son langage musical est particulièrement influencé par la culture indienne, notamment pour
Akasha, qui signifie éther ou espace en sanscrit. Caractérisé par le son, « akasha » est l'un des cinq grands éléments de la philosophie ayurvédique. L'œuvre de Buhr est brève et méditative; elle transporte l'auditeur dans un espace sonore texturé, à travers une orchestration lumineuse et transparente. Le chœur des des vents plane sur les lignes ascendantes et descendantes des cordes frémissantes jusqu'à ce que les bois posent une question métaphysique à laquelle les contrebasses offrent une réponse énigmatique...

Entendez
Akasha (Sky) en
cliquant ici (début à 2:54).
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphonie no 3 en mi bémol majeur « Héroïque », opus 55 (1803)
À l'été 1801, Beethoven se rend à Heiligenstadt afin de s'éloigner momentanément de la vie trop active de Vienne, selon les recommandations de son médecin. L'automne venu, il écrit à ses frères une lettre, un testament qu'il ne leur enverra jamais : « Finalement condamné à la perspective d'un mal durable (...), j'ai dû tôt m'isoler, mener ma vie dans la solitude, et si j'essayais bien parfois de mettre tout cela de côté, oh ! comme alors j'étais ramené durement à la triste expérience renouvelée de mon ouïe défaillante (…). Lui seul, l'art, m'a retenu. Il me semblait impossible de dire adieu au monde avant d'avoir donné tout ce pour quoi je me sentais doué ».
Beethoven surmonte finalement cette crise morale et artistique et il se met à composer avec plus d'ardeur, malgré son handicap, se dédiant complètement à son art. C'est à cette époque qu'il entreprend sa
Troisième Symphonie, avec en-tête, l'image de Napoléon Bonaparte. Cependant, lorsque Beethoven apprend que le Général veut se déclarer Empereur, il rature le titre de sa symphonie rageusement, jusqu'à déchirer son manuscrit. Il change aussi la dédicace qui ira à l'un de ses plus importants mécènes, le prince Franz Joseph von Lobkowitz. L'œuvre est créée au palais du prince en août 1804, puis sera interprétée pour le grand public viennois en avril 1805. Deux ans plus tard, la symphonie est publiée comme la
Sinfonia Eroica… pour célébrer la mémoire d'un grand homme.
La
Symphonie no 3 est en rupture avec l'esthétique de l'époque; les musiciens font face à de nombreux défis techniques, la durée du premier mouvement dépasse celle de plusieurs symphonies d'Haydn complètes et Beethoven se permet plusieurs audaces harmoniques et formelles. Les critiques et le public sont confus, mitigés. Au mieux, on considère l'œuvre originale et, au pire, cacophonique! C'est que Beethoven assouplit les règles du genre, il élargit le cadre formel, il augmente aussi l'effectif orchestral où les cuivres occupent une place privilégiée. Il a assimilé les règles classiques et désire sortir des sentiers battus, aller au-delà du simple divertissement musical. Il se sert plutôt du cadre de la symphonie pour transmettre un idéal humaniste hérité du Siècle des Lumières et, en effet, la
Symphonie no 3 témoigne d'une vision philosophique et d'une vitalité stylistique qui marque un tournant dans l'œuvre de Beethoven, mais aussi dans l'histoire de la musique.

Entendez la
Troisième Symphonie de Beethoven en
cliquant ici.