Par Claire-Émilie Calvert
Maurice Ravel (1875-1937)
Ma mère l'Oye : suite (1908-1910)
Création (version pour piano): 20 avril 1910, Paris, Jeanne Leleu et Geneviève Durony
Création (version pour orchestre): 1911
Prélude
Il était une fois une petite princesse qui avait toutes les fées du pays autour de son berceau.
Premier tableau - Danse du rouet et scène
Une vieille fée prédit qu’elle se piquerait le doigt avec un fuseau et qu’elle en mourrait. Cette prédiction fit frémir toute l’assemblée réunie pour le baptême de l’enfant. Mais une des fées dit : « Rassurez-vous, elle n’en mourra pas ; elle dormira 100 ans et sera réveillée par le plus beau des princes qui en tombera éperdument amoureux ».
Deuxième tableau - Pavane de la belle au bois dormant
Ce qui avait été prédit arriva et la princesse, à 15 ou 16 ans, se piqua malencontreusement avec un fuseau et s’endormit. On la vêtit de ses plus beaux atours et on la coucha sur un lit magnifique. Une vieille femme veillait à son chevet et berçait son sommeil de contes merveilleux.
Troisième tableau - Les entretiens de la Belle et de la Bête
- Quand je pense à votre bon cœur, vous ne me paraissez pas si laid.
- Oh! Dame oui! J'ai le cœur bon, mais je suis un monstre.
- Il y a bien des hommes qui sont plus monstres que vous.(...)
La Bête avait disparu et elle ne vit plus à ses pieds qu'un prince plus beau que l'Amour qui la remerciait d'avoir fini son enchantement.
Quatrième tableau - Petit Poucet
Il croyait trouver aisément son chemin par le moyen de son pain qu'il avait semé partout où il avait passé; mais il fut bien surpris lorsqu'il n'en put retrouver une seule miette : les oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé.
Cinquième tableau - Laideronnette, impératrice des Pagodes
Elle se déshabilla et se mit dans le bain. Aussitôt pagodes et pagodines se mirent à chanter et à jouer des instruments : tels avaient des théorbes faits d'une coquille de noix; tels avaient des violes faites d'une coquille d'amande; car il fallait bien proportionner les instruments à leur taille.
Sixième tableau - Le jardin féerique
Le jardin féerique se réveilla avec le jour. La Princesse était dans l’appartement le plus beau du palais, sur un lit en broderie d’or et d’argent : on aurait dit un ange, tant elle était belle (...). Le Prince l’assura qu’il l’aimait plus que lui-même. Le couple fut béni par la fée, qui avait veillé la princesse pendant son si long sommeil, devant tous les personnages de la cour. |
« Je suis venu trop jeune dans une génération trop vieille… » Ravel, bien que n’ayant jamais eu de descendance, est toujours resté proche du monde de l’enfance. C’est d’ailleurs pour les enfants de proches amis que Ravel a composé
Ma mère l’Oye. Mimi et Jean Godebski aimaient beaucoup les histoires et les contes que le compositeur leur racontait lors des réunions du Club Apache, plutôt que de converser avec les autres adultes présents aux réceptions! Ce sont aussi deux enfants qui ont interprété l’œuvre pour piano quatre mains lors de l’inauguration de la Société musicale indépendante de Paris.
Ma mère l’Oye s’inspire de différents contes français, mais principalement du recueil de Charles Perreault
Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités, plus connu sous le titre
Contes de ma mère l'Oye (1697). La version pour orchestre, composée un an plus tard, offre à Ravel une palette de sonorités plus étendue pour illustrer les contes. Loin de l’exotisme pompeux du
Boléro, certains passages des Contes offrent toutefois la possibilité d’un voyage mystérieux vers un pays fantastique. Le langage musical de Ravel y apparaît dans sa plus simple expression, une pureté sophistiquée. Sans trompette, trombone, ni tuba, l’atmosphère reste intime et permet des mélanges de timbres fascinants et évocateurs, propices à l’heure du conte.

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Ma mère l'Oye en
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Rachel Laurin (née en 1961)
Concerto pour piano et orchestre, op.46 (achevé le 31 octobre 2008)
Création: Orchestre symphonique de Trois-Rivières, 18 septembre 2010
Cette œuvre est dédiée au pianiste Marc Bourdeau.
Sincères remerciements au maestro Jacques Lacombe, à l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières, ainsi qu’à madame Thérèse Boutin et à toute l’organisation de l’OSTR, pour leur enthousiasme, leur audace et leur aide si précieuse tout au long de l’élaboration de ce projet d’envergure. - Rachel Laurin |
Formée des trois mouvements du concerto classique (vif-lent-vif), l’œuvre est écrite dans un langage accessible et met en valeur les qualités techniques et expressives du soliste, tout en laissant à l’orchestre une place prépondérante. Le premier mouvement expose un thème ample et lyrique, puis un thème rythmique et léger − donnant l’occasion tantôt à l’orchestre et tantôt au soliste de mettre en évidence toutes les oppositions de caractères. Le deuxième mouvement commence par une cadence du soliste. Il est empreint de calme, de sérénité, mais aussi d’une atmosphère fantaisiste. Il se conclut sur les notes extrêmes du piano dans la plus profonde douceur. Le troisième mouvement suit une forme « refrain-couplet » dans laquelle chaque famille d’instruments s’approprie à un moment ou l’autre l’avant-scène, tandis que le piano poursuit, presque sans relâche, son mouvement perpétuel. Un des couplets introduit un thème de caractère folklorique joué au xylophone et l’accompagnement aux cordes contribue à une impression de danse. Dans un tourbillonnement de couleurs et de rythmes, tous tendent vers un seul but : retomber « sur ses pieds »! Un glissando sur les touches noires du piano annonce la « fin de la récréation »!
Rachel Laurin est née en 1961, à Saint-Benoît. À l’âge de neuf ans, elle a commencé l’étude du piano auprès de sa mère et de 1980 à 1986, elle a étudié au Conservatoire de Montréal, où elle devint l’élève et disciple de Raymond Daveluy de qui elle reçut l’essentiel de sa formation musicale (orgue, composition, harmonie, improvisation, etc.). Elle a aussi travaillé l’orgue auprès de Gaston et Lucienne Arel, le piano auprès de Raoul Sosa et le jazz avec Nick Ayoub. De 1986 à 2002, elle est adjointe de Raymond Daveluy, alors titulaire du grand orgue à l’Oratoire Saint-Joseph. De 2002 à 2006, elle fut organiste titulaire à la cathédrale Notre-Dame à Ottawa. Sa discographie comporte six disques solo et cinq disques avec divers ensembles. Elle a donné de nombreux récitals au Canada, aux États-Unis et en Europe. Rachel Laurin est « Compositeur Agréé » du Centre de musique canadienne depuis l989. Elle a composé plus de cinquante œuvres pour divers instruments et ensembles qui sont exécutées et enregistrées fréquemment partout dans le monde. Elle est récipiendaire de plusieurs récompenses et lauréate de divers concours, dont le Prix Conrad-Letendre et le concours de composition Holtkamp-AGO 2008. Rachel Laurin se consacre aujourd’hui principalement à sa carrière de concertiste, de compositrice, ainsi qu’à la présentation de conférences et de classes de maître.
Claude Debussy (1862-1918)
Prélude à l'après-midi d'un faune (1894)
Création: 22 décembre 1894, Paris, Orchestre de la Société Nationale sous la direction de Gustave Doret
Un des compositeurs européens les plus influents de la fin du 19e siècle, Claude Debussy adopte des structures, des harmonies et des mélodies non traditionnelles, créant un véritable courant : l’impressionnisme en musique. Comme les peintres impressionnistes, il superpose les couleurs et les textures, afin de produire une impression plutôt qu’un message, créant un langage de sensations, s'éloignant des structures classiques et de l'harmonie traditionnelle. En 1894, le succès public de la création du
Prélude à l'après-midi d'un faune confirme la maturité artistique de Debussy qui devient une figure importante de la vie musicale française et son représentant principal. La critique se montre parfois réticente à cette musique « qui ne possède ni harmonie, ni mélodie, ni rythme », mais le nouvel espace sonore produit par l’œuvre ouvre la porte à l’éclatement des conventions qui mènera à la modernité musicale du 20e siècle. Inspiré du mythe de Pan, le
Prélude porte en exergue : « Un faune, assis, laisse de l’un et l’autre de ses bras s’enfuir deux nymphes ». On entend d’abord le « thème du faune », joué à la flûte, instrument de prédilection de Pan, puis la texture sonore ira en épaississant jusqu’à un tutti ensuite, l’arche musicale redescendra jusqu’au frémissement final des cordes. L’œuvre a été chorégraphiée par Nijinski en 1912, dans un court ballet qui faisait fi de toutes les conventions du genre, en accord avec la musique de Debussy.

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Prélude à l'après-midi d'un faune en
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Igor Stravinski (1882-1971)
L'Oiseau de feu: suite 1919
Création (suite de ballet) : 25 juin 1910, Opéra de Paris sous la direction de Gabriel Pierné
Création (suite de 1919) : 12 avril 1919, Genève, Orchestre de la Suisse Romande sous la direction d’Ernest Ansermet
| Ivan Tsarévitch s’aventure dans la forêt ensorcelée du roi Kastchei. Près d’un arbre à pommes d’or, il capture un oiseau magnifique et ne lui rend sa liberté qu'en échange d'une de ses plumes magiques. Après avoir suivi treize princesses et être tombé amoureux de l’une d’entre elles, Ivan est capturé par des démons et le roi Kastchei s'apprête à le changer en pierre. L’Oiseau de feu vient à son secours et endort les démons et leur roi avec une berceuse. L’enchantement est brisé, les princesses sont libérées et Ivan célèbre ses fiançailles avec sa promise. |
Avec sa conception originale de l’harmonie et du rythme, Igor Stravinski a changé la façon de composer et de concevoir la musique classique. Du nationalisme russe, il passe par le néo-classicisme et l’atonalisme, tout en conservant son identité et son langage propre. Si sa musique a pu dérouter à l'époque, son influence se fait encore ressentir dans la musique contemporaine. Grâce à sa collaboration avec les Ballets russes de Diaghilev, Stravinsky a su imposer un langage unique, mélange de nationalisme et de modernité, d’exubérance et de rudesse. C’est en 1909 que Serguei Diaghilev, pour les besoins de sa compagnie de danse, engage Stravinski, afin de composer trois ballets. Les œuvres qui naîtront de cette collaboration,
L’Oiseau de feu, Petrouchka et
Le Sacre du Printemps, établiront la réputation du compositeur.
L’Oiseau de feu a été composé section par section, en collaboration constante avec les danseurs et le chorégraphe, Mikhail Fokine, qui désirait libérer le ballet russe des conventions européennes. Tout au long du processus de composition, Stravinski doit donc tenir compte de la rythmique des pas, du décor, des costumes, etc. L’immense succès lors de la première confirma Stravinski dans sa méthode de travail et dans sa volonté de libérer l’œuvre des contraintes financières reliées à la production d’un ballet à grand déploiement. Il composera donc deux suites pour orchestre, une en 1911, pour grand orchestre et une en 1919 pour orchestre réduit.
Dans
L’Oiseau de feu et principalement dans la « Danse du roi Kastchei », on entend déjà le primitivisme, les rythmes asymétriques et les accents violents que l'on retrouvera dans Le Sacre du Printemps et qui caractérisent le langage musical de Stravinski. L’orchestration est scintillante; chaque section de l’orchestre brille d’un éclat particulier. Les cordes sont organiques, les bois hypnotisants, les cuivres chatoyants et les percussions éloquentes, afin de mieux raconter une histoire de promesse, de maléfices et de libération.

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L'Oiseau de feu en
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