Par Claire-Émilie Calvert
Pierre Mercure (1927-1966)
Kaléidoscope (1947, rév. 1949)
Création : 1948 par l’Orchestre de Radio-Canada à Montréal, sous la direction de Jean Beaudet
Oeuvre interprétée pour la dernière fois par l'OSTR en 1984
Compositeur canadien mort trop jeune dans un accident de la route, Pierre Mercure avait pourtant réussi à devenir de son vivant un incontournable de la scène musicale canadienne. Sa première œuvre pour orchestre,
Kaléidoscope, met déjà de l’avant son talent d’orchestrateur, une maîtrise que l’on peut attribuer au fait que Mercure, en plus de ses études en composition, en philosophie et en mathématiques, avait étudié le basson, le violoncelle et le piano, de même que la trompette, la flûte et l'orgue. Bien qu’encore sous l’influence d’œuvres de Debussy (
La Mer) et de Stravinski (
Le Sacre du Printemps), la forte personnalité du jeune compositeur apparaît dans les différentes textures de l’œuvre, tour à tour inquiétantes, ludiques, chatoyantes et toujours imagées. On sent l’importance que le mouvement prendra dans la démarche artistique de Mercure; les couleurs et formes changeantes suggérées par le titre s’illustrent parfaitement sous la plume du compositeur. L’oreille est sans cesse sollicitée par la mouvance des rythmes, des mélodies et de l’instrumentation, comme l’oeil devient fasciné par l’infinité d’images abstraites générées par le jouet.

Entendez
Kaléidoscope en
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Fréderic Chopin (1810-1849)
Concerto pour piano n° 1 en mi mineur, opus 11 (1830)
Oeuvre interprétée pour la dernière fois par l'OSTR en 2002
Né d’un père français et d’une mère polonaise, prodige dès son plus jeune âge et passant de salon en salon dans les familles bourgeoises et intellectuelles de Varsovie, Chopin deviendra en moins de 40 ans une figure emblématique de la période romantique. À partir de genres « mineurs » tels que les valses ou les nocturnes, il crée des œuvres incontournables du répertoire pianistique. Son langage représente la quintessence de la poésie et de l’expressivité musicale; la richesse harmonique et la virtuosité indéniable de ses œuvres semblent se fondre dans une quête ultime d’émotion. « Chapeau bas, Messieurs, un génie! », écrit Schumann en 1830.
Le
Concerto en mi mineur opus 11, bien qu’il soit titré « no 1 », a été composé un an après le
Concerto en fa mineur dit « le 2e ». Cependant, le
Concerto en mi mineur a été publié en 1833, trois ans avant le
Concerto en fa mineur, d’où l’imbroglio.
Chopin assure la création de son
Concerto en mi mineur le 11 octobre 1830 au Théâtre national de Varsovie. La forme de l’œuvre suit les règles établies à l’époque classique : trois mouvements alternant les tempos vif-lent-vif. Le premier mouvement suit aussi un schéma traditionnel : l’orchestre joue d’abord les différents thèmes, laissant le public attendre l’attaque du soliste qui dominera par la suite l’avant-scène, laissant l’orchestre dans l’ombre de l’écriture pianistique inventive de Chopin. Le deuxième mouvement, d’un romantisme poignant et empreint de mélancolie rêveuse, est constitué d’un thème et de variations rendant hommage à l’écriture ornementale des opéras de Bellini. Le concerto se conclut sur une joyeuse danse inspirée du folklore polonais.

Entendez le
Premier Concerto pour piano en mi mineur (premier mouvement) en
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Edward Elgar (1857-1934)
Enigma Variations, opus 36 (1899)
Oeuvre interprétée pour la première fois par l'OSTR
Plus connu pour sa marche
Pomp and Circumstance, incontournable des remises de diplômes, Elgar a mis longtemps avant de faire reconnaître son talent. C’est grâce à ses
Enigma Variations qu’il devint l’un des compositeurs marquants de la scène britannique, aux côtés de Ralph Vaughan-Williams et de Benjamin Britten, ses contemporains. Le chef d’orchestre allemand Hans Richter interprétait régulièrement l’oeuvre avec enthousiasme, assurant à Elgar la faveur du public, ainsi qu’une notoriété durable.
Les
Enigma Variations, tel que le spécifie le titre, étaient véritablement entourées de mystère lors de leur création. En effet, Elgar attribue à chaque variation des initiales énigmatiques. Le compositeur a finalement levé le voile sur le secret en déclarant qui se cachait derrière chacune des initiales, sauf une... que les musicologues ont tôt fait de découvrir (no 13). Ainsi, on connaît aujourd’hui l’identité de ceux qu’Elgar décrit dans sa musique, que ce soit en « relatant » une anecdote, en illustrant le ton de leur voix ou en créant une atmosphère équivalente à leur personnalité. Malgré tout, une énigme reste : le compositeur a caché à l’intérieur même des variations un thème en filigrane, jamais clairement énoncé, mais, selon les dires du compositeur, très connu. Les musicologues tentent depuis de résoudre l’énigme...
Thème
Var. 1 « C.A.E. » (Caroline Alice Elgar, femme et muse du compositeur)
Var. 2 « H.D.S.-P. » (Hew David Stuart-Powell, collègue pianiste)
Var. 3 « R.B.T. » (Richard Baxter Townshend, ami acteur à la voix expressive)
Var. 4 « W.N.B. » (William Neath Baker, ami prompt et énergique)
Var. 5 « R.P.A. » (Richard Penrose Arnold, pianiste amateur)
Var. 6 « Ysobe! » (Isabel Fitton, altiste élève d’Elgar)
Var. 7 « Troyte» (Arthur Troyte Griffith, architecte aux talents de pianistes incertains)
Var. 8 « W.N. » (Winifred Norbury, ami au rire caractéristique)
Var. 9 « Nimrod» (August J. Jaeger, très cher ami discutant avec Elgar de la Sonate « Pathétique » de Beethoven)
Var. 10 « Dorabella» (Intermezzo) (Dora Penny, amie douce et décontractée, parlant avec un léger bégaiement)
Var. 11 « G.R.S. » (George Robert Sinclair, une promenade avec lui et son bouledogue excité qui tombe finalement dans la rivière)
Var. 12 « B.G.N. » (Basil G. Nevinson, collègue violoncelliste qui a probablement inspiré le concerto pour violoncelle)
Var. 13 « *** » (Romanza) (probablement Mary Lygon, une amie partie en croisière ou Helen Weaver ancienne fiancée d’Elgar)
14. « E.D.U. » (Elgar lui-même, « Edu » étant le surnom que lui donnait sa femme)

Entendez
Enigma Variations (premier mouvment) en
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