Par Claire-Émilie Calvert
Stewart Grant (né en 1948)
Jaï, opus 20 (1991)
Oeuvre interprétée pour la première fois par l'OSTR
Né en Ontario, Stewart Grant a grandi à Montréal. Il étudie à la Faculté de musique de l’Université McGill ainsi qu’au Conservatoire de musique de Montréal, où il obtient un premier prix en hautbois à la fin de ses études. Après avoir joué pour différents orchestres canadiens, Grant se tourne vers la composition et la direction d’orchestre au début des années 1970. En 1978, il devient directeur musical de l’Orchestre symphonique de Lethbridge (Alberta) qu’il dirigea durant seize ans. Pendant ces années, Grant s’engage activement dans sa communauté en tant que musicien, pédagogue, chef d’orchestre et compositeur. Aussi il reçoit, en 1988, le prix Heinz Unger qui a pour but d’encourager et de mettre en valeur un chef d’orchestre canadien en début de carrière.
De retour au Québec au milieu des années 1990, Grant remplit son carnet de commandes grâce à plusieurs ensembles musicaux prestigieux, tels que l’Orchestre symphonique de Montréal, les Jeunesses musicales du Canada et le Quatuor Claudel. Ses oeuvres sont jouées en Amérique, en Europe et en Asie. Depuis 1999, il est aussi le directeur artistique de l’Orchestre symphonique des jeunes de l'Ouest-de-l'Île (Montréal).
Composée pour le 13e anniversaire de l’Orchestre symphonique de Lethbridge,
Jaï est une courte pièce dont les sonorités cuivrées rappellent le jazz et qui transmet une gaieté contagieuse. D’ailleurs, le titre signifie « victoire » ou « joie » en sanskrit. Une musique vive et rythmée qui retentit comme une fanfare.

Entendez un extrait de cette oeuvre en
cliquant ici.
Jean Sibelius (1865-1957)
Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, opus 47 (1904)
Oeuvre interprétée intégralement pour la première fois par l'OSTR
Sans intégrer directement le folklore de son pays, la musique de Sibelius possède indéniablement un caractère scandinave grâce à des harmonies modales, des mélodies lancinantes et des formes aussi rigoureuses que le climat de la Finlande. En 1902, alors que la composition d’oeuvres phares de son répertoire est déjà derrière lui, Sibelius entame la composition de son
Concerto pour violon en ré mineur, un exemple éloquent de la puissance évocatrice de son langage musical.
Adolescent, Sibelius a pour ambition de devenir un violoniste virtuose, mais il est trop tard pour y arriver. Aussi, son
Concerto pour violon semble composé pour une sorte d’incarnation idéalisée d’un « Sibelius-violoniste ». D’une virtuosité extraordinaire, la partition unit la délicatesse et la virilité et, l’orchestre, loin de s’en tenir à une fonction d’accompagnateur, déploie une variété d’atmosphères et de textures. Les timbres sont très typés : cordes vibrantes, bois forestiers, cuivres métalliques... Sibelius met aussi en valeur plusieurs instruments comme si l’orchestre voulait jouer le rôle du soliste. Les timbales et les bassons, notamment, grondent tout au long du concerto comme une ombre menaçante planant sur l’oeuvre. Le caractère obsédant des mélodies — tantôt glaciales, tantôt passionnées — de même que l’accompagnement tendu donnent à l’auditeur l’impression d’assister à un drame qui se terminera heureusement avec une vigueur et un humour étonnants.

Entendez un extrait de cette oeuvre en
cliquant ici.
Félix Mendelssohn (1809-1847)
Symphonie no 5 en ré mineur, opus 107, «Réformation» (1830)
Oeuvre interprétée pour la dernière fois par l'OSTR en 1982
En 1830, Mendelssohn entreprend de composer une symphonie inspirée par le tricentenaire de la Con
fession d’Augsburg, un des textes fondateurs du protestantisme. Après avoir échoué à intégrer l’oeuvre aux célébrations d’Augsburg, une opportunité survient en 1832 grâce à François-Antoine Habeneck et l’orchestre du Conservatoire de Paris. Cependant, après une seule répétition, les musiciens reprochent à Mendelssohn d’avoir écrit une musique trop intellectuelle et refusent de jouer la symphonie. Ce n’est qu’à l’automne suivant, à Berlin, que Mendelssohn dirigera son oeuvre qui ne convaincra ni le public, ni le compositeur. Ce dernier rangera donc le manuscrit pour le réviser ultérieurement et la symphonie ne sera publiée qu’en 1868, plus de vingt ans après la mort de Mendelssohn. Ainsi, bien qu’elle soit numérotée comme étant la cinquième, la
Symphonie « Réformation » est chronologiquement la deuxième de son corpus symphonique.
La
Symphonie no 5 s’ouvre sur un mouvement équilibrant parfaitement l’écriture chorale et contrapuntique, déjà maîtrisées par un Mendelssohn âgé d’à peine vingt ans. Il cite le
Dresden Amen — une mélodie ascendante exécutée pianissimo à la fin de l’introduction — qui servira de fil conducteur dans toute la symphonie. Puis, à l’austérité du premier mouvement, Mendelssohn oppose la légèreté du second, plus court et enjoué. Le troisième mouvement, dont le lyrisme touchant est un parfait exemple du talent mélodique de Mendelssohn, mène sans pause au quatrième mouvement. L’hymne
Ein feste Burg ist unser Gott (Notre Dieu est une solide forteresse), tout d’abord jouée par la flûte solo, sert de matériau de base à la construction du dernier mouvement. L’oeuvre s’achève sur l’hymne jouée par tout l’orchestre, comme un orgue grandiose invitant à la célébration.

Entendez un extrait de cette oeuvre en
cliquant ici.