Par Claire-Émilie Calvert
Maurice Ravel (1875-1937)
Pavane pour une infante défunte (1899, orch. 1910)
Oeuvre interprétée par l'OSTR pour la première fois
Pavane pour une infante défunte a été composée en 1899 dans une première version pour piano dédicacée à la Princesse de Polignac, mécène célèbre pour son rôle primordial dans la création musicale au début du XXe siècle. En 1910, Ravel orchestre son oeuvre avec une sensibilité remarquable, mettant en relief les qualités stylistiques et expressives de son interprétation très raffinée d'une danse de la Renaissance. Ravel a précisé dans ses écrits que sa composition n'était pas une lamentation, mais bien l'évocation de la pavane qu'aurait pu danser une petite princesse, jadis, à la cour d'Espagne. Ainsi, l'utilisation du mode majeur pour dépeindre son sujet donne une couleur sereine à l'oeuvre qui, plutôt que de s'enfoncer dans le pathos, s'épanouit dans une célébration toute ravélienne de l'enfance, dans un moment d'une immense poésie et d'une délicatesse poignante.

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Pavane pour une infante défunte cliquez
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Jacques Hétu (1938-2010)
Concerto pour guitare et orchestre à cordes, op. 56 (1994)
Oeuvre interprétée par l'OSTR pour la première fois
Notes de Jacques Hétu
1. L'introduction lente (Adagio) fait alterner l'orchestre et le soliste en présentant des éléments associés au thème principal de l'Allegro qui suit. Ce mouvement, dérivé de la forme sonate, oppose un premier thème énergique et un second plus calme, partagé entre les cordes solistes et la guitare. Après les sections de développement, la réexposition des éléments du second groupe thématique se fait à l'intérieur de la cadence du soliste. Un bref retour du premier thème à l'orchestre conclut ce mouvement.
2. Musique simple par sa structure (A-B-A) et son langage (largement tonal), ce mouvement constitue probablement la pièce la plus accessible que j'aie écrite. Formant une sorte de «continuo», la guitare émerge des cordes pour chanter sa mélopée (reprise par l'orchestre dans la première partie), dessine des arabesques dans la partie centrale, puis s'associe au violon-solo pour le retour du thème. Hormis l'introduction et les transitions, tout le mouvement repose sur une succession de phrases utilisant des séquences harmoniques constamment modulantes ayant comme pivots les accords de La majeur et Mi bémol majeur. Associées aux cordes con sordini et au timbre de la guitare, ces couleurs harmoniques créent un climat que l'on pourrait qualifier de « lyrisme en clair-obscur ».
3. Sorte d'amalgame des formes scherzo et rondo, le mouvement final se déroule dans l'esprit d'un mouvement perpétuel, interrompu par un retour des éléments de l'introduction du premier mouvement. La coda retrouve et intensifie l'esprit de cette ronde frénétique.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphonie no 31 en ré majeur « Paris », K.297 (1778)
Oeuvre interprétée par l'OSTR pour la première fois
Résidant à Paris avec sa mère, Mozart cherche du travail avec difficulté. Il accueille donc avec bonheur la commande de Joseph Legros, directeur des Concerts Spirituels, puisque son ensemble est le seul qui puisse rivaliser en qualité avec le célèbre orchestre de Mannheim. En accordant un soin particulier aux contrastes, Mozart tente de plaire au public parisien, comme le démontre aussi le remplacement de l'
Andantino original par un
Andante qui répondait davantage aux exigences du directeur. Imposant pour l'époque, l'effectif orchestral groupe les bois par paires, de même que les trompettes, les cors et les timbales. Mozart intègre même pour la première fois deux clarinettes à l'orchestre. Malheureusement, la
Symphonie no 31 sera son seul succès à Paris. D'ailleurs, il décrit durement les Parisiens : « la poésie est bien la seule chose qui compte ici, puisqu'aussi bien personne ne comprend la musique ».

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Symphonie no 31 cliquez
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Gioachino Rossini (1792-1868)
Le Barbier de Séville : Ouverture (1816)
Oeuvre interprétée pour la dernière fois par l'OSTR en 1980
En 1813 Rossini compose pour la Scala un opéra en deux actes nommé
Aureliano in Palmira. Trois ans et sept opéras plus tard, il réemploie l'ouverture dudit opéra pour une toute nouvelle commande, un opéra-bouffe tiré d'une pièce de Beaumarchais, le maintenant célèbre
Barbier de Séville. Peu importe si, contrairement à l'usage, l'ouverture ne présente aucun passage musical du
Barbier, car la musique de Rossini réussit à créer la fébrilité requise, avec ses mélodies accrocheuses et ses contrastes brillants, de même qu'avec un des plus fameux crescendos rossiniens du répertoire.

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Le Barbier de Séville : Ouverture cliquez
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Joaquín Rodrigo (1901-1999)
Concerto d'Aranjuez, pour guitare et orchestre (1939)
Oeuvre interprétée par l'OSTR pour la dernière fois en 1990
Devenu aveugle des suites de la diphtérie, Joaquín Rodrigo a très tôt commencé des études musicales qu'il a terminées à la Sorbonne et au Conservatoire de Paris, notamment. En 1940, à Madrid, il goûte à son premier succès, lors de la création du
Concierto de Aranjuez. Selon Rodrigo, l'oeuvre a été inspirée par les jardins du Palacio Real de Aranjuez, ses fontaines, ses fragrances et le chant des oiseaux. Le
Concerto d'Aranjuez est surtout un magnifique exemple de valorisation des richesses musicales espagnoles, on pense évidemment aux fertiles racines folkloriques, mais aussi aux polyphonies vocales de la Renaissance. Grâce à l'habileté de Rodrigo à transposer l'écriture guitaristique à l'orchestre symphonique, les sonorités qui semblent incompatibles s'assemblent tout naturellement, créant des effets orchestraux saisissants.
Le premier mouvement propose des idées mélodicorythmiques issues des danses traditionnelles espagnoles. Rodrigo y équilibre avec justesse le rythme et le lyrisme, la puissance et la légèreté, les références folkloriques et l'écriture purement classique. Le deuxième mouvement, souvent entendu au cinéma et dans divers arrangements, contraste par son intensité et offre des moments d'une profonde mélancolie. Le thème est en fait une saeta, émouvante lamentation à la Vierge chantée lors de la semaine sainte en Andalousie. Plus classique dans son essence, le dernier mouvement met en scène plusieurs échanges entre la guitare et les différentes sections de l'orchestre, démontrant une fois de plus la capacité de Rodrigo à équilibrer le son puissant d'un orchestre avec celui, plus ténu, d'une guitare classique.

Pour entendre le
Concerto d'Aranjuez cliquez
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Manuel de Falla (1876-1946)
Le Tricorne : Suite no 1 (1921)
Oeuvre jouée par l'OSTR pour la première fois
En 1917, Manuel de Falla crée la pantomime
El Corregidor y la molinera (Le magistrat et la meunière) qui reçoit les compliments de Diaghilev. Le respecté directeur des Ballets Russes persuade alors Falla d'élaborer la partition pour la transformer en ballet. L’oeuvre devient
El sombrero de tres picos, avec décors et costumes conçus par Picasso. Falla a ensuite tiré deux suites orchestrales de son ballet qui font maintenant partie des favorites du répertoire. La
Suite no 1 résume le premier acte en musique : c’est l’après-midi (
Mediodia) et sous un soleil écrasant, le meunier tente de dresser un oiseau. Sa femme réussit et elle danse un fandango emporté (
Danza de la molinera).
Surgit alors un magistrat qui remarque la beauté de la meunière (El Corregidor- La molinera). Le meunier se cache pour que la meunière joue un tour au magistrat. Elle tente de le séduire et lui offre une grappe de raisin (
Las Uvas). Alors que le Corregidor cherche à voler un baiser à la belle, le meunier sort de sa cachette avec un bâton et pourchasse le magistrat humilié.

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Le Tricorne : Suite no 1 cliquez
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