La saison 2011-2012
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Concerts

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Série Grands concerts

Fabiola chante Weill et Gershwin

Samedi 28 janvier 2012 à 20 h
Salle J.-Antonio-Thompson
Jacques Lacombe, chef d’orchestre et piano
Fabiola Toupin, voix

Après Piaf en symphonie, Fabiola Toupin prête sa voix chaude et son charisme aux chansons cultes de Weill et Gershwin, que sont, entre autres, la Ballade de Mack the Knife, My Ship,  Summertime et Someone to Watch Over Me. Chef invité du Deutsche Oper Berlin depuis de nombreuses années, maestro Lacombe nous fera découvrir sa ville d’adoption à travers la Première Symphonie de Weill, présenté en première canadienne et les photographies de Janet Lacombe. Ce Trifluvien à Berlin proposera également Antinomie de Hétu et Un Américain à Paris de Gershwin.

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Au programme
Kurt Weill
Marie Galante : Youkali (arrangements : S. Leclerc)
Kurt Weill
L'opéra de quat'sous : Ballade de Mack the Knife (arrangements : P. Peterson)
Kurt Weill
Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny : Alabama Song (arrangements : S. Leclerc)
Kurt Weill
Symphonie no 1 "Berlin"
Kurt Weill
Je ne t'aime pas
Kurt Weill
Lady in the Dark : My Ship
Kurt Weill
Marie Galante : J'attends un navire (arrangements : S. Leclerc)
Jacques Hetu
Antinomie, opus 23
George Gershwin
Lady Be Good : The Man I Love (adaptation : J. Lacombe)
George Gershwin
Funny Face : S'Wonderful (adaptation : J. Lacombe)
George Gershwin
Prélude no 2 (orchestration : G. Bellemare)
George Gershwin
Oh, Kay! : Someone to Watch Over Me (adaptation : J. Lacombe)
George Gershwin
Porgy and Bess : Summertime
George Gershwin
Un Américain à Paris, pour orchestre
Causerie pré-concert
Causerie Hydro-Québec animée par Francis Dubé à 19 h 15 au foyer Gilles-Beaudoin.
Cocktail Sinfonia
Cocktail Radio-Canada au foyer Gilles-Beaudoin pour les abonnés.
Notes biographiques
Jacques Lacombe
Chef d'orchestre et piano
Originaire de Trois-Rivières, Jacques Lacombe a conquis la scène internationale grâce à sa remarquable habileté à communiquer l'esprit des œuvres ainsi qu'à sa grande polyvalence, lui permettant d'exceller aussi bien dans les répertoires symphonique, de ballet ou d'opéra.

Directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières depuis 2006, maestro Lacombe est devenu, en 2010, le premier chef d’orchestre québécois nommé au titre de directeur musical d’un orchestre américain : le New Jersey Symphony Orchestra. Il a auparavant occupé les postes de premier chef invité de l'Orchestre symphonique de Montréal, directeur musical et artistique de la Philharmonie de Lorraine (France), chef assistant de Charles Dutoit à l'OSM et chef d'orchestre attitré et directeur musical des Grands Ballets Canadiens. Invité par de nombreux orchestres et maisons d'opéra de prestige, maestro Lacombe s’est notamment produit au Metropolitan Opera de New York, au Covent Garden de Londres, au Deutsche Oper Berlin et à l’Opéra d'État de Bavière. Il a eu l'occasion d'accompagner plusieurs artistes renommés, tels que Yo-Yo Ma, Yefim Bronfman, Lang Lang et Roberto Alagna.

Outre les orchestres symphoniques de Trois-Rivières et du New Jersey, maestro Jacques Lacombe dirigera cette saison les orchestres symphoniques de Montréal (février 2012) et Québec (mai 2012) ainsi que l’opéra Un bal masqué de Verdi à Berlin (février 2012). Il fera également ses débuts au Carnegie Hall de New York le 9 mai 2012.


Fabiola Toupin
Voix
Fabiola Toupin est une auteure-interprète qui exerce l’art de la chanson depuis 15 ans. La carrière de cette artiste se déploie en une trame riche d’expériences scéniques, d’implications sociales, de rencontres déterminantes et de voyages. France, Suisse, Belgique, Espagne, pays de l’Est et Amérique centrale, sont autant de destinations marquées par le passage de cette artiste qu’Yves Duteil qualifie de « timbre de collection » et Lynda Lemay de « bijou d’artiste ».

Bercée dès l’enfance par la poésie des Leclerc et Vigneault, Fabiola s’initie à la beauté de la grande chanson québécoise. Par la suite, Pauline Julien, en qui elle voit une artiste authentique, passionnée et ouverte sur la francophonie, sera une source d’inspiration.

En chantant les auteurs et compositeurs de la Mauricie, Fabiola a su se tailler une place de choix au sein de sa communauté, faisant d’elle une ambassadrice de premier ordre pour faire rayonner le talent des artistes de sa région. Habitée par des convictions de justice et d’entraide, elle s’associe à plusieurs causes telles que la Guignolée et la marche mondiale des femmes. En 2009, elle reçoit l’ordre de Lavérendrye, la plus haute distinction civile octroyée par la ville de Trois-Rivières, pour souligner son implication sociale.

Sur invitation de Nicole Leblanc, Claude Léveillée et Paul Buissonneau, le plateau de l’émission « Le plaisir croît avec l’usage » la fera découvrir au public québécois, dont Lynda Lemay, qui lui offrira le premier rôle dans son opéra folk « Un éternel hiver » présenté plus de 80 fois dans la belle province, la France, la Suisse et la Belgique en 2005 et 2006. À la même période, Bernard Pivot l’invitera pour l’émission « Les trophées de la langue française » en France et au Canada. Parmi les artistes de qui elle assurera la première partie, citons Richard Desjardins, Daniel Lavoie, Michel Fugain et Véronic Dicaire. Elle compte plus de 1 000 concerts à son actif et aborde divers répertoires comme celui d’Édith Piaf, qui lui permettra de vivre l’expérience symphonique en étant accompagnée en 2006 et 2007 par l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières et par l’Orchestre national des Pays de la Loire lors des fêtes de fin d’année en 2007. Au cours de la même année, son premier album « Je reviens d’ici » voit le jour. Cet opus poétique dévoile son amour des mots et de ceux qui les manient.

Pour nous livrer son regard sur le monde, elle use de sa propre plume et multiplie les collaborations. Son nouvel album « Quand l’amour bascule », ouvre un nouveau chapitre dans son histoire musicale, entre jour et nuit, sur la ligne fine où la désillusion côtoie le rêve et l’espoir. Cette coréalisation de BLOU (Martin Giroux) et Réjean Bouchard (Chloé Ste-Marie), met en lumière des arrangements folk efficaces et raffinés. On y retrouve des textes et musiques de Lynda Lemay, Manu Trudel, Claude Lemesle (Joe Dassin, Reggiani), Jacques Thivierge et bien d’autres, que la voix chaude et nuancée de Fabiola porte admirablement.

Fabiola est une vraie bête de scène! Afin de créer la complicité si recherchée avec le public, elle jongle aussi bien avec l’humour qu’avec la gravité des émotions. Elle possède une personnalité contagieuse et singulière faisant d’elle une artiste à qui l’on veut ressembler, mais qui ne ressemble à personne.
Résumer son parcours révèle une artiste impliquée, curieuse et soucieuse d’évoluer dans le respect de son art, entière et généreuse avec son public sans cesse grandissant

Notes analytiques
Par Claire-Émilie Calvert

Jacques Hétu (1938-2010)
Antinomie, opus 23 (1977)
Œuvre interprétée par l’OSTR pour la dernière fois en 1989

L’antinomie, notion issue de la philosophie d’Emmanuel Kant, est une contradiction entre deux règles, deux lois ou deux principes : un conflit que l’expérience humaine ou la raison pure ne peuvent pas résoudre, mais qu’une croyance morale pourrait régler.

Voici comment Jacques Hétu applique ce concept philosophique à la musique : « L’œuvre est en deux parties, présentant deux aspects opposés d’une même idée musicale. La première partie, lente et soutenue, est formée d’éléments essentiellement mélodiques présentés par le hautbois auquel viennent se greffer les cors. Ces éléments expressifs sont portés vers un point culminant dominé par la trompette avant de réintégrer le climat initial, mais assombri par les cordes graves. La seconde partie, rapide et nerveuse, est brusquement amorcée par les timbales. Puis, dans un jeu de sonorités réparties entre les divers groupes de l’orchestre, tous les éléments entendus précédemment se transforment, se disloquent, éclatent dans toutes les directions pour ensuite essayer de se regrouper autour du motif initial du hautbois, mais sans retrouver le calme du début. Au plan formel, il s’agit d’une œuvre monothématique utilisant les techniques de la variation dans un cadre bien défini : chacune des deux parties, d’égale durée, est formée de quatre sections qui amalgament mode, ton et série issus du thème initial. […] Antinomie fut conçue avec un certain parti pris d’utiliser à fond la couleur instrumentale, tant au niveau de l’expression que de la virtuosité. » 

Pour entendre Antinomie, cliquez ici


George Gershwin (1898-1937)
Un Américain à Paris, suite pour orchestre (1928)
Œuvre interprétée pour la dernière fois par l’OSTR en 1994 

Chansons choisies
Extraits interprétés pour la dernière fois par l’OSTR en 1995

Né Jacob Gershvin à Brooklyn le 26 septembre 1898, George Gershwin a vécu l’enfance urbaine typique d’un New-Yorkais ni riche, ni pauvre, jouant au baseball dans les parcs et au ballon dans la rue. Par contre, son intérêt pour la musique n’avait rien de banal : très jeune, il accaparait littéralement le piano acheté pour son frère Ira afin de rejouer les mélodies entendues à la radio. Son aîné, enchanté de ne pouvoir travailler l’instrument, se tourna plutôt vers l’écriture, au grand bonheur des éditeurs qui purent employer les frères Gershwin, quelques années plus tard, pour créer des chansons inoubliables, telle que I Got Rythm.

George découvre les compositeurs classiques grâce à un professeur qui le presse d’assister aux nombreux concerts présentés à New York. Il quitte l’école à 16 ans et travaillera pour différents éditeurs de la fameuse Tin Pan Alley, devenant peu à peu un compositeur recherché pour les productions sur Brodway. Plusieurs chansons tirées des comédies musicales de Gershwin font maintenant partie du Great American Songbook, véritable mine d’or pour les meilleurs interprètes de chaque époque.

Au début des années 1920, Gershwin part pour Paris, espérant étudier avec Maurice Ravel. « Pourquoi vouloir être un Ravel de second ordre, quand vous êtes déjà un Gershwin de premier rang? », lui demande celui-ci. Mademoiselle Nadia Boulanger le renvoie aussi sans vouloir lui donner de leçon... Les maîtres français avaient pu observer (dans la Rhapsody in Blue et dans le Concerto pour piano, notamment) l’originalité et la spontanéité uniques du langage musical de Gershwin. Ainsi, ces rares qualités resteront intactes, que ce soit dans les chansons ou les œuvres symphoniques du compositeur américain. Et bien qu’il n’ait pas étudié formellement avec eux, Gershwin a quand même profité à Paris de la présence de ces grands artistes et de leur entourage. Aussi, il a ramené de Paris l’inspiration pour sa prochaine oeuvre... et des klaxons de taxi! En effet, de retour en sol américain, Gershwin complète un poème symphonique inspiré de l’urbanité parisienne, Un Américain à Paris, créé au Carnegie Hall par le New York Philharmonic le 13 décembre 1928.

D’après Gershwin, Un Américan à Paris est la musique la plus moderne qu’il ait jamais composée. L’œuvre emprunte une large forme ABA, mais enchaîne les événements musicaux de façon linéaire, comme une longue chanson qui se renouvellerait sans cesse, ce qui illustre naturellement le propos annoncé dans le titre. Le touriste, d’abord impressionné par l’atmosphère grouillante de Paris, se laisse aller à une mélancolie embuée par le blues, puis revient à son sentiment premier et succombe aux charmes trépidants de la capitale française.
Certains accords et les rythmes syncopés se réclament du jazz, de même que les sonorités cuivrées qui rappellent les bars enfumés de New York. Cependant, Gershwin maîtrise aussi les difficultés reliées à la composition d’une œuvre symphonique, comme on peut le constater en portant attention à la conduite des voix, aux harmonies complexes, et à l’orchestration recherchée. Son langage réside exactement à la frontière de deux mondes, le classique et le populaire, au grand bonheur du public qui acclame Un Américan à Paris dès sa création. L’ œuvre séduira aussi les producteurs du studio MGM qui, en 1951, produiront un film mettant en vedette Gene Kelly et la musique de Gershwin, leur assurant sans surprise l’Oscar du meilleur film. 

Pour entendre un extrait d'Un Américain à Paris, cliquez ici
Pour entendre S'Wonderful, cliquez ici


Kurt Weill (1900-1950)
Symphonie no 1 « Berlin » (1921)
Première canadienne 

Chansons choisies
Extraits joués pour la dernière fois par l’OSTR en 1996

L’ œuvre de Kurt Weill occupe une position à part dans la musique du 20e siècle. Dans les salles de concert ou de cabaret, elle résonne familièrement aux oreilles du public, mais son auteur reste encore inconnu du plus grand nombre. On ose croire qu’il ne s’en serait pas offusqué : « J'écris de la musique pour les masses, de la musique qu'elles puissent chanter et de la musique qui traite de leurs problèmes. C'est aujourd'hui, la seule forme importante de composition. »

Bien que l’exercice soit réducteur, on peut diviser la production musicale de Weill en trois grandes périodes, pour mieux saisir l’évolution de son langage : des symphonies au théâtre musical.
Durant sa jeunesse à Berlin, Weill compose dans un style classique près des canons du début du siècle, tendant vers l’atonalité, avec un souci de la forme et des timbres. Ainsi, une des premières œuvres qu’il soumet à son mentor, Ferruccio Busoni, est une symphonie. Le matériau musical principal provient d’une musique de scène composée pour une pièce de son ami Johannes Robert Becher : Ouvriers, paysans, soldats, la marche d'un peuple vers Dieu. La Symphonie no 1 rappelle les univers de Mahler et de Schönberg, avec ses textures tantôt riches et tantôt acérées. Toutefois, les mélodies disjointes et les dissonances peuvent surprendre l’auditeur qui a entendu à maintes reprises les innombrables versions édulcorées de Mack the Knife.

Au tournant des années 1930, la collaboration de Weill avec Berthold Brecht aura un impact majeur sur sa conception musicale : « le juif et le communiste » créent des chefs-d’œuvre d’art populaire, au parfum de scandale, que le régime nazi censurera sans pitié. Weill s’exile donc à Paris, continuant sa production de théâtre musical avec différents collaborateurs. Son catalogue de chansons s’enrichit et gagne de l’importance dans la culture populaire. Youkali, Chanson de Bilbao, Mack the Knife, Je ne t’aime pas : les chansons les plus connues de Weill proviennent de cette période où il a mis en musique L’opéra de quat’sous, Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny et Marie Galante, entre autres.

Le succès grandissant de ses spectacles musicaux pousse Weill à s’installer à New York, avec les nombreuses scènes de Broadway qui semblent offrir davantage de possibilités que les maisons d’opéra traditionnelles. Ainsi, à New York, Weill devient plus américain qu’Oncle Sam lui-même; annonçant le West Side Story de Bernstein, il compose dans un langage au confluent des styles populaire, jazz et classique. Il se spécialise dans la composition de musique de films, de chansons et de théâtre musical, poursuivant son idéal proclamé : « être le Verdi du pauvre ». Sa mort survient abruptement en 1950 laissant inachevée l’adaptation musicale d’un des textes phares de la littérature américaine, The Adventures of Huckleberry Finn de Mark Twain. Lotte Lenya, sa compagne depuis toujours, assurera l’immortalité à l’œuvre incomparable d’un juif allemand, dont les chansons évoqueront à tout jamais la véritable Amérique.

Pour entendre un extrait de la Symphonie no 1, cliquez ici
Pour entendre la Ballade de Mack the Knife, cliquez ici
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