Par Claire-Émilie Calvert
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Egmont, ouverture en fa mineur, opus 84 (1809-1810)
Oeuvre interprétée par l’OSTR pour la dernière fois en 2003
En 1568, le duc d’Alba , gouverneur espagnol des Pays-Bas , fait décapiter le comte d’Egmont, qui s’était joint aux rebelles contre l’Église catholique. Cet événement s’inscrit dans les tout débuts de la sanglante guerre de Quatre-Vingts Ans, qui mena finalement les Pays-Bas à l’indépendance.
Plus de deux cents ans après, l’histoire d’Egmont et de sa lutte pour la liberté semble faire écho aux épreuves du peuple autrichien, envahi par les troupes napoléoniennes. Beethoven, dégoûté de la guerre qui s’éternise depuis dix-huit ans, écrit à son éditeur : « Rien que des tambours, des canons, de la misère humaine de toutes sortes! » Dans ces circonstances, pas étonnant qu’il ait voulu composer la musique de scène pour la première représentation viennoise du
Egmont de Goethe. Ainsi, les préoccupations humanistes du compositeur transparaissent sans équivoque dans l’
Ouverture, une des dernières oeuvres de sa période héroïque, qui, à bien des égards, fait penser à ses
Symphonies no 3 et
no 5.
De la solennelle gravité des premières mesures, à l’excitation fébrile de la coda, en passant par un développement angoissé, Beethoven utilise magnifiquement l’opposition de caractères, de modes et de rythmes; la classique forme-sonate lui permet de révéler musicalement tout le drame de la lutte pour la liberté. Il impose une tension parfois insoutenable, tempérée par des passages plaintifs et résolue dans une fanfare glorieuse, illustrant la victoire des idéaux sur l’oppression et l’injustice.

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Egmont, ouverture en fa mineur, cliquez
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Jacques Hétu (1938-2010)
Images de la Révolution, opus 44 (1988)
Œuvre interprétée par l’OSTR pour la première fois
1. Le serment du Jeu de paume
2. La prise de la Bastille
3. Le convoi de la royauté
4. Marat assassiné
5. La fête de l’Être Suprême
En 1989, l’Orchestre symphonique de Montréal commande
Images de la Révolution à Jacques Hétu pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française. Afin d’approfondir sa compréhension de la Révolution, de même que pour donner un sens à sa composition, Hétu s’est longuement plongé dans l’histoire et sa représentation picturale. D’ailleurs, ce sont des peintures de Jacques-Louis David et de Pierre-Antoine Demachy, notamment, qui ont inspiré chacun des mouvements, comme leurs titres en témoignent. Hétu interprète donc les événements marquants de cette Révolution et transpose les images avec émotion, comme c’est souvent le cas chez lui, en mêlant habilement lyrisme expressif et rythmique raffinée, dans une orchestration somptueuse. Dans le dernier mouvement, les bois citent un hymne de François-Joseph Gossec, compositeur français reconnu comme le « musicien officiel de la Révolution »; pour conclure son œuvre, Hétu transfigure ce thème et plonge son « image musicale » dans une lumière sereine.

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Images de la Révolution, cliquez
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Gustav Mahler (1860-1911)
Symphonie no 9 en ré majeur (1909-1910)
Œuvre interprétée par l’OSTR pour la première fois
1. Andante comodo
2. Dans le tempo d’un Ländler tranquille (Un peu balourd et très grossier)
3. Rondo – Burleske: Allegro. Très provocant
4. Adagio, très lent et réservé
En 1907, deux événements frappent durement Mahler : la mort prématurée de sa fille Maria-Anna, âgée d’à peine 5 ans, et le diagnostic d’une maladie du coeur qui empêchera le compositeur de continuer à vivre le rythme effréné qu’il s’imposait comme chef d’orchestre. Travailleur acharné, Mahler transcendera ces traumatismes dans ses trois ultimes œuvres symphoniques:
Le Chant de la Terre, la
Neuvième Symphonie et sa
Dixième, inachevée. Mahler les a toutes trois composées à Toblach, dans une des petites « cabanes » où il se retirait pour se plonger dans son travail. Ces œuvres portent la marque de la tragédie, tout en exprimant une certaine résignation (et même une sérénité) face à la vie et son inéluctable issue.
« Ô jeunesse, amour, adieu! », écrit Mahler sur le manuscrit de sa
Neuvième Symphonie. Aurait-il eu la prémonition de sa mort prochaine? En effet, Mahler ne terminera jamais sa
Dixième Symphonie et il n’entendra pas la création de sa
Neuvième, qui fut dirigée par son ami Bruno Walter, presque un an jour pour jour après le décès du compositeur. Cependant, si la
Neuvième évoque le départ et l’adieu, elle transmet aussi toute l’énergie vitale, la puissance créatrice que Mahler pouvait mettre en œuvre. La vision de ce dernier n’est donc pas désespérée, sa symphonie reflète la difficile quête de l’être humain, poursuivant un chemin qui mène inévitablement à sa disparition. La
Symphonie no 9 emprunte aussi cette route; la musique se développe, se fait et se défait, atteint les plus hauts sommets, et se décompose finalement jusqu’au néant.
Le colossal premier mouvement de la
Symphonie no 9 s’amorce avec hésitation, comme le coeur du compositeur battant avec difficulté, pour se dérouler en une narration mouvante. Passant de la nostalgie au doute, de l’espérance à la folie, Mahler ne s’épargne aucune des douloureuses facettes de la condition humaine, tout en explorant les extrêmes limites de la tonalité. Les deux mouvements centraux semblent caricaturer cruellement la vie et ses vaines distractions. Mahler illustre son propos tantôt par une orchestration sarcastique, tantôt par un contrepoint féroce. Quant au dernier mouvement, le musicologue Henry-Louis de La Grange en a dit :
« Il couronne et achève, dans la ferveur et le recueillement, cette chronique pleine de “bruit et de fureur” que constitue l’œuvre mahlérien dans son ensemble ». En effet, le dernier mouvement nous conduit lentement vers l’infini, en offrant des moments d’une intense délicatesse, et s’achevant par d’immenses silences où la musique perd son pouls, se décompose littéralement et irrésistiblement dans un espace sonore éternel.

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Symphonie no 9 en ré majeur, cliquez
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