Par Claire-Émilie Calvert
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Ode funèbre en do mineur, K. 477 (1785)
Œuvre interprétée pour la première fois par l’OSTR.
Le 14 décembre 1784, Mozart joint la loge maçonnique de la « Bienfaisance », à Vienne et il est initié comme
maître en un peu plus d’un an. Il compose alors l’
Ode funèbre pour commémorer le décès de deux frères maçons et aristocrates viennois, le duc Georg August de Mecklenburg-Strelitz et le comte Franz Esterházy von Galántha. Naturellement, Mozart intègre plusieurs symboles maçonniques dans l’œuvre, notamment les tierces et sixtes parallèles. De plus, la tonalité de do mineur rappelle le « principe fondateur » et les trois bémols à la clef renforcent aussi l'importance des triades maçonniques. Cependant, la force spirituelle de l’œuvre réside ailleurs que dans la numérologie. En effet, Mozart articule son
Ode autour d’un chant liturgique pascal célébrant la délivrance. Alternant cordes et vents en antiphonie, elle revêt effectivement le caractère funèbre de son titre. Néanmoins, l'
Ode funèbre évolue vers le mode majeur, suggérant par le fait même une idée sereine de la mort, une vision consolatrice; la vie humaine n’ayant pour finalité que celle du corps, l’âme s’élevant doucement vers la lumière.

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Ode funèbre en do mineur, cliquez
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Jacques Hétu (1938-2010)
Le tombeau de Nelligan, opus 52 (1992)
Œuvre interprétée pour la première fois par l’OSTR.
La poésie de Nelligan a touché Jacques Hétu dès son adolescence : en quittant le collège à 15 ans, le compositeur avait dans ses bagages l'esquisse d’un chœur sur le fameux
Vaisseau d’or. Par la suite, Hétu mettra en musique plusieurs textes du poète, dont
Les Clartés de la nuit (1972),
Les Abîmes du rêve (1982) et
Les Illusions fanées (1988). En 1991, pour le cinquantième anniversaire de la mort du poète, Hétu compose une œuvre orchestrale dédiée à Raffi Armenian,
Le Tombeau de Nelligan.
Sur un des manuscrits autographes du
Tombeau, on peut lire ces vers écrits par Nelligan alors qu’il était interné :
«Je sens voler en moi les oiseaux du génie,
mais j’ai tendu si mal mon piège qu’ils ont pris
dans l’azur cérébral leurs vols blancs, bruns et gris,
et que mon cœur brisé râle son agonie»
Loin de rendre un hommage cérébral à ce poète au destin tragique, Hétu compose une musique troublante, communiquant une profonde tristesse. Caractéristique des œuvres d’Hétu à cette époque, l’écriture est résolument moderne et dramatique, mais toujours limpide grâce, entre autres, à une orchestration expressive. Avec le temps, Hétu se rapproche de la sérénité : « Je veux célébrer la vie plutôt que la douleur ! », affirme-t-il, lors d’une entrevue en 2008. À la lumière de ces sages paroles, l’écoute du
Tombeau nous fait espérer que l’on continue d'acclamer l’œuvre du grand musicien et qu’elle ne s’inscrive pas seulement dans notre patrimoine culturel, mais aussi dans le cœur du public.

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Le Tombeau de Nelligan, cliquez
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Richard Wagner (1813-1883)
Parsifal - Enchantement du Vendredi saint (1878-82)
Œuvre interprétée pour la première fois par l’OSTR.
D’après l’autobiographie de Wagner, l’inspiration de son opéra
Parsifal lui vint un matin du printemps 1852, plus précisément le Vendredi saint de cette année-là. Frappé par l'éclat de la nature, la glorieuse lumière printanière et les chants des oiseaux, Wagner se remémore le
Parsifal de Wolfram von Eschenbach, un poète du 13
e siècle qu'il a lu quelques années plus tôt. Les nobles possibilités offertes par le sujet, de même que sa thématique plus religieuse que mythologique, font écho à la beauté surnaturelle de cette sainte matinée. Pourtant, Wagner met l’idée de côté, mais il y reviendra après plus de vingt ans, pour son dernier opéra.
La scène de
l'Enchantement du Vendredi saint a lieu au tout début du troisième acte. Parsifal retourne au temple du Graal après avoir reconquis la lance sacrée ayant blessé le Christ lors de la Passion sur la croix. Le chevalier Gurnemanz reconnait en Parsifal le sauveur innocent et pur annoncé par la prophétie chrétienne. Puis, Kundry, une tentatrice repentie, lave les pieds du chevalier rédempteur avant son entrée dans le temple du saint Graal.
L’Enchantement du titre provient de la nature transfigurée, de la résurrection printanière qu’observe Parsifal.
Cette scène porte toute la force symbolique de l’opéra : dans ce « festival scénique sacré » (le sous-titre est de Wagner), la musique devient un rituel. Créé pour le tout nouveau Festspielhaus de Bayreuth, le 26 juillet 1882,
Parsifal révèle un Wagner au sommet de son art.

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Parsifal - Enchantement du Vendredi saint, cliquez
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Ferruccio Busoni (1866-1924)
Concerto pour piano, opus 39, BV 247 (1904)
1. Prologo e Introito: Allegro, dolce e solenne
2. Pezzo giocoso
3. Pezzo serioso
4. All'Italiana: Tarantella: Vivace; In un tempo
5. Cantico: Largamente
Œuvre interprétée pour la première fois par l’OSTR.
Couronnement du cheminement artistique d’un compositeur méconnu, le
Concerto pour piano de Busoni prend peu à peu la place qui lui revient dans le répertoire et sur la scène, et ce, grâce à des interprètes chevronnés qui osent offrir au public une musique nouvelle et d’une beauté indéniable.
« C'est presque toujours l'orchestre qui semble être possédé par les idées du compositeur, et Busoni, assis au piano, écoute, commente, décore et rêve », écrit Edward Dent, le biographe du compositeur. Effectivement, le
Concerto de Busoni intègre intimement le soliste à la trame orchestrale, tout en poussant l'écriture pianistique aux limites extrêmes de la virtuosité. Orchestrée avec brio, l’œuvre se développe en cinq mouvements d'envergure symphonique, dans un langage aussi sophistiqué qu’inventif.
L'orchestre entame un allegro
éloquent, accueillant les accords massifs du piano après une longue introduction aux harmonies changeantes. Suit la « pièce joyeuse », diaboliquement virtuose, une sorte de scherzo italien auquel fera écho le quatrième mouvement, une vive tarentelle à la rythmique étourdissante. Telle la clef de voûte de ce concerto construit en forme d'arche, l’imposant troisième mouvement se divise en quatre sections méditatives, presque philosophiques, comme une « symphonie pianistique » à l’intérieur du concerto.
L'œuvre s'achève avec un remarquable « Cantico », qui fait réentendre plusieurs idées musicales des mouvements précédents, soutenues par une instrumentation colossale, dans une atmosphère mystérieuse et magique.
Composé avec une connaissance profonde des traditions et une conscience éclairée de la modernité, le
Concerto de Busoni redéfinit le rôle du soliste avec brio, tout en synthétisant le cheminement et les aspirations d'un compositeur à découvrir.

Pour entendre le
Concerto pour piano, cliquez
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